Prologue & table des matières : CLIC

 

Chapitre 2 : Le gardien des rêves

 

Alors que son adorable fille allait avoir six mois, un autre événement heureux vint emplir Loriel d’un bonheur presque aussi intense que sa venue au monde.
Pourtant, ce jour-là, le temps était plutôt maussade. Depuis près d’une semaine, il tombait sans interruption de cette neige épaisse à laquelle le Royaume du Nord était habitué. La réputation de rudesse de ses hivers dépassait largement ses frontières ! La neige avait fini par s’arrêter, mais le soleil n’arrivait pas à percer l’épaisse couche de nuages qui couvrait les cieux à perte de vue.

Quelles que soient les conditions climatiques, elles n’avaient pas empêché un voyageur d’arriver aux portes de Septentris, la capitale du royaume. C’était l’un de ces hommes qui, s’ils ne sont plus dans la fleur de l’âge, ont encore presque toute la vigueur de la jeunesse, associée à l’expérience de la première moitié de leur existence. Ses cheveux et sa barbe étaient aussi gris que noirs, mais son regard était vif et perçant. Son visage légèrement rougi par le froid commençait à se marquer des signes du temps, mais sa silhouette demeurait imposante, avec son dos parfaitement droit et ses larges épaules.

Il était de tradition, depuis la création de la capitale nordique, d’interdire aux chevaux l’accès à la ville, sauf pour les marchands bénéficiant d’une dérogation et, bien sûr, pour la garde privée du roi. Le voyageur avait donc laissé sa monture dans l’une des vastes écuries prévues à cet usage, au tarif modique et réglementé, construites le long des routes d’accès. Celle qu’il avait choisie était située au sud, à environ deux kilomètres des remparts, juste en bas d’une colline réputée offrir un magnifique panorama sur la cité entière. Malgré son lourd sac à dos, il gravit sans effort apparent la pente pourtant assez raide. Parvenu à son sommet, il s’arrêta pour admirer la vue.
Un couple qui montait plus lentement dans l’autre sens, chargé de victuailles, le salua aimablement à la façon des habitants du Royaume du Nord qui, disait-on, avaient dans le cœur la chaleur qu’ils n’avaient pas dehors.
– Bienvenue, voyageur ! Je vois que vous êtes tombé sous le charme de notre belle cité, remarqua la femme.
– En effet ! J’ai déjà eu quelquefois l’occasion d’y séjourner, mais je ne l’avais encore jamais vue sous la neige.
– C’est vrai que Septentris révèle toute sa splendeur sous son blanc manteau. Malheureusement, le soleil n’est pas de la partie… S’il se décidait enfin à se montrer, vous verriez la ville étinceler de tous ses feux. Croyez-moi, même quand on habite dans les environs, c’est un spectacle magnifique dont on ne se lasse pas !
– Oh oui, c’est à couper le souffle ! renchérit son époux.

Après une dernière salutation, le couple reprit sa route, sans doute vers l’une des grandes fermes qui entouraient la capitale.

Lorsqu’ils se furent un peu éloignés, le voyageur solitaire marmonna quelques paroles inaudibles, puis il s’exclama, balayant le paysage d’un geste large :
– Nous y voilà, mon ami !

 

Page suivante : CLIC

 

Je revais d'un autre monde