Prologue & table des matières : CLIC

 

Durant ce laps de temps, les trois soldats encore debout avaient d'instinct resserré les rangs. Il n'était plus question d'esbroufe ; leur visage reflétait désormais une intense concentration toute entière tournée vers le général qui, lui, demeurait imperturbablement aux aguets. Les deux plus grands, qui se ressemblaient trop pour ne pas être frères ou cousins, échangèrent un regard entendu avant de s'élancer conjointement en brandissant leur effrayante hache à double tranchant, dans l'intention évidente d'atteindre leur adversaire à la fois par la gauche et par la droite.

C'est alors que Loriel de Clairétoile parut commettre une incroyable erreur d'appréciation : il frappa de toutes ses forces devant lui. Evidemment, son arme passa entre les soldats, qui s’écartèrent facilement de sa trajectoire. Avec un fracas retentissant, elle se ficha profondément dans les épaisses planches de bois qui protégeaient le sol de la salle durant les entraînements. Cependant, au grand ébahissement de l'assemblée, qui pensait assister à la défaite de son chef, cette étrange manœuvre était parfaitement volontaire de sa part. Il se servit de son élan pour transformer sa hache en une sorte de perche autour de laquelle il tournoya si vivement et en accumulant une telle force que ses pieds vinrent s'écraser au milieu du dos des deux soldats. Sous le choc, ils basculèrent en avant sans pouvoir se retenir, ayant tout juste le réflexe salvateur de lâcher leur arme pour ne pas se blesser en tombant dessus.

Profitant de l'effet de surprise, le général bondit vers son quatrième et dernier adversaire, qui ne s'attendait visiblement pas à être la cible d'une telle attaque éclair. Avant d'avoir seulement le temps de penser à se remettre en garde, il se retrouva allongé sur le dos, fauché aux jambes.

Un silence stupéfait suivit l'affrontement. Pourtant, les soldats avaient l'habitude des démonstrations de leur chef, mais celle-ci avait eu quelque chose de quasiment irréel dans l'enchaînement de ses contre-attaques.

– Qu'avez-vous appris de ce combat ? demanda alors le général de sa voix si curieusement douce, surtout après la violence dont il venait de faire preuve.

Un flottement incertain fut sa seule réponse.

– Allons, Mesdames et Messieurs ! reprit Loriel d'un ton goguenard. Personne n'a la moindre idée de ce que j’ai essayé de vous montrer ?

Les regards obstinément fuyants le firent éclater de rire.

– On dirait des enfants interrogés par leur professeur ! N'ayez pas peur, je vais vous le dire !

 

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Je revais d'un autre monde