Prologue & table des matières : CLIC

 

Il redevint sérieux et ôta son casque pour communiquer plus aisément. Les autres imitèrent son geste, ce qui ne fut d'ailleurs pas des plus faciles à cause de leurs encombrantes haches à deux mains.

– Comme vous avez dû le remarquer, il y avait une certaine différence de gabarit entre mes adversaires et moi. De toute évidence, je ne faisais pas le poids face à eux ! De plus, si vous avez eu l'occasion de les observer pendant l'entraînement, vous aurez constaté que la double hache semble être une de leurs armes de prédilection. Tous les quatre la manipulent avec une très grande puissance. Pour parler clairement, je n'avais à peu près aucune chance de les vaincre dans un combat conventionnel. Mon seul espoir de m'en sortir, c'était donc de jouer de l'effet de surprise et de la rapidité d'action.

Il désigna sa hache, toujours fichée dans le sol.

– Je me suis servi de mon arme de manière inhabituelle, parce que j'ai pensé que c'était la meilleure solution, et finalement, cela m'a permis de remporter la victoire. Je suis sûr que maintenant, vous avez compris quelle est la leçon que j'ai voulu vous enseigner en vous faisant cette démonstration. Dans un combat, il n'y a pas que la force et la technique qui comptent, même si ce sont deux éléments souvent cruciaux. Il peut arriver que seule votre rapidité d'esprit vous permette de survivre, face à des situations où tout semble perdu d'avance. N'hésitez pas à faire preuve d'imagination, car votre vie peut dépendre de votre capacité à briser les habitudes et à surprendre vos adversaires !

Il laissa passer un moment de silence, pour que chacun ait le temps de réfléchir à ce qu'il venait de dire, puis il annonça la fin de la séance d'entraînement. Ceux dont c'était le jour de corvée s'affairèrent à remettre la salle en ordre, tandis que le gros des troupes s'en allait par petits groupes en commentant la démonstration à laquelle ils venaient d'assister.

– Avant de partir, si vous pouviez m'aider à extraire ma hache…

Pendant que deux des soldats que le général avait combattus s'acharnaient à récupérer l'arme, incroyablement bien plantée dans le bois, le jeune page sauta de sa chaise et se précipita vers lui pour enfin lui transmettre son message.

– Général de Clairétoile, je suis venu vous informer qu'un visiteur vous attend à l'entrée du château.
– Un visiteur ? De qui s'agit-il ?
– Il n'a pas indiqué son nom, Général. Il a simplement dit qu'il était votre « vieil oncle ».
– Mon vieil oncle ? Mais je n'ai pas… Oh ! Aurait-il abandonné ses précieuses recherches et fait tout ce chemin pour venir voir ma fille ? En plein hiver, ce serait bien de lui, ça ! Quel bonheur, si c’est bien lui, mais je n'ose y croire… Allons vite voir ce mystérieux visiteur, que j’en aie le cœur net !

Le général de Clairétoile, d'ordinaire si calme et maître de lui en toutes circonstances, avait l'air presque aussi nerveux et rougissant qu'un jeune homme à son premier rendez-vous galant, ce qui ne manqua pas de surprendre ceux de ses hommes assez proches pour avoir entendu le message qui venait de lui être délivré. Ce « vieil oncle » devait être quelqu'un de vraiment spécial pour lui ! Il ordonna à l'un de ses seconds de surveiller la remise en état de la salle, puis il partit en courant dans les couloirs du dédale intérieur du château, suivi de près par le jeune page, qui était très curieux d'en savoir davantage.

 

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Je revais d'un autre monde