Prologue & table des matières : CLIC

 

Les deux hommes prirent quand même le temps de faire un brin de toilette et de se changer, l'un pour se débarrasser de la crasse des combats et l'autre de celle de la route. En tant qu'habitant permanent et éminent du château, Loriel avait droit à de vastes appartements privés, lui permettant aisément de recevoir des invités dans les chambres prévues à cet effet, et disposant de deux grandes salles d'eau. Le Royaume du Nord était célèbre pour la qualité de ses bains chauds, fort appréciables sous ce rude climat.

Une fois présentables, ils se retrouvèrent dans le salon privé de Loriel, attenant au bureau où il exerçait ses fonctions de général quand il n'était pas sur le terrain avec ses troupes.

– Elyria ne devrait pas tarder à revenir de son rendez-vous quotidien avec la reine Fanya. Veux-tu te restaurer ou boire quelque chose en attendant ? Les cuisines me montent toujours une collation après l'entraînement, et il y en a largement assez pour deux.

Le Mage accepta volontiers son offre. Ils trinquèrent joyeusement à leurs retrouvailles en discutant des événements majeurs qui leur étaient arrivés durant ces quelques années d'éloignement. Loriel était très curieux de savoir dans quelles régions lointaines s'était rendu Rigwald pour sa fameuse Encyclopédie. Il était en train de lui relater sa découverte d'une espèce de chats des bois d'une remarquable intelligence qu'il avait découverte dans une vaste forêt bordant les Cent Royaumes, un pays très loin au sud du continent, quand quelques coups discrets furent frappés à la porte du salon donnant vers les appartements privés du général.

– Ce doit être Elyria qui revient de chez la reine, supposa ce dernier en se levant pour aller ouvrir.

C'était bien elle en effet, et comme à chaque fois qu'il la voyait, en dépit des années qui passaient, il fut émerveillé par sa beauté extraordinaire. Ce jour-là, elle était revêtue de sa robe d'hiver préférée, dont le tissu d'un bleu profond et chatoyant était parcouru de fines arabesques argentées. Elle avait ajouté une petite cape argentée afin de protéger son dos des courants d'air, en raison de la large échancrure destinée à lui laisser sortir ses ailes si l'envie l'en prenait. Sa longue chevelure d'ébène était parsemée de petites tresses et agrémentée d'un entrelacs de chaînettes d'argent orné de pierres bleues aussi scintillantes que ses yeux.

– Je ne te dérange pas dans ton travail, j'espère ?
– Tu sais bien que tu ne me déranges jamais ! D'ailleurs, figure-toi que je ne travaille pas : je discute avec un visiteur inattendu…

Il s'écarta pour la laisser découvrir de qui il parlait.

– Ça alors ! C'est incroyable ! C'est bien vous, Rigwald ! En cette saison, en plus !
– C'est bien moi, en effet ! confirma le Mage en s'avançant vers elle. Quelle grande joie de vous revoir, très chère Elyria !
– C'est une joie partagée ! assura la Fée en l'étreignant. Et surtout, quel bonheur pour Loriel, il me parle de vous si souvent ! Je l'ai même déjà surpris à parler de vous à notre fille, alors qu'elle n'a que six mois ! ajouta-t-elle en riant.
– Comme c'est gentil à lui ! fit Rigwald d'une voix émue. Mais à ce propos, où est la charmante enfant ? Je pensais la voir avec vous !
– C'est vrai qu'en principe, je l'amène à son père après l'entraînement, mais la petite princesse Elzbeth ne semblait pas vouloir faire sa sieste sans elle, et elle criait tellement que j'ai fini par décider de les laisser ensemble le temps qu'elle s'endorme. Elle n'a que six mois elle aussi, mais elle sait déjà ce qu'elle veut ! J'étais simplement venue dire à Loriel de ne pas s'inquiéter pour ce retard inhabituel, mais finalement, cela va me permettre de prendre de vos nouvelles plus tranquillement qu'avec un bébé dans les bras.

Ils discutèrent donc de choses et d'autres durant une petite demi-heure, puis Elyria déclara qu'il était temps qu'elle aille récupérer sa fille pour la présenter enfin au voyageur qui était venu de si loin pour la voir.

 

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Je revais d'un autre monde