28 mars 2016

La Petite Fille aux yeux d'or - Chapitre 2 #8

Prologue & table des matières : CLIC

 

Les deux hommes prirent quand même le temps de faire un brin de toilette et de se changer, l'un pour se débarrasser de la crasse des combats et l'autre de celle de la route. En tant qu'habitant permanent et éminent du château, Loriel avait droit à de vastes appartements privés, lui permettant aisément de recevoir des invités dans les chambres prévues à cet effet, et disposant de deux grandes salles d'eau. Le Royaume du Nord était célèbre pour la qualité de ses bains chauds, fort appréciables sous ce rude climat.

Une fois présentables, ils se retrouvèrent dans le salon privé de Loriel, attenant au bureau où il exerçait ses fonctions de général quand il n'était pas sur le terrain avec ses troupes.

– Elyria ne devrait pas tarder à revenir de son rendez-vous quotidien avec la reine Fanya. Veux-tu te restaurer ou boire quelque chose en attendant ? Les cuisines me montent toujours une collation après l'entraînement, et il y en a largement assez pour deux.

Le Mage accepta volontiers son offre. Ils trinquèrent joyeusement à leurs retrouvailles en discutant des événements majeurs qui leur étaient arrivés durant ces quelques années d'éloignement. Loriel était très curieux de savoir dans quelles régions lointaines s'était rendu Rigwald pour sa fameuse Encyclopédie. Il était en train de lui relater sa découverte d'une espèce de chats des bois d'une remarquable intelligence qu'il avait découverte dans une vaste forêt bordant les Cent Royaumes, un pays très loin au sud du continent, quand quelques coups discrets furent frappés à la porte du salon donnant vers les appartements privés du général.

– Ce doit être Elyria qui revient de chez la reine, supposa ce dernier en se levant pour aller ouvrir.

C'était bien elle en effet, et comme à chaque fois qu'il la voyait, en dépit des années qui passaient, il fut émerveillé par sa beauté extraordinaire. Ce jour-là, elle était revêtue de sa robe d'hiver préférée, dont le tissu d'un bleu profond et chatoyant était parcouru de fines arabesques argentées. Elle avait ajouté une petite cape argentée afin de protéger son dos des courants d'air, en raison de la large échancrure destinée à lui laisser sortir ses ailes si l'envie l'en prenait. Sa longue chevelure d'ébène était parsemée de petites tresses et agrémentée d'un entrelacs de chaînettes d'argent orné de pierres bleues aussi scintillantes que ses yeux.

– Je ne te dérange pas dans ton travail, j'espère ?
– Tu sais bien que tu ne me déranges jamais ! D'ailleurs, figure-toi que je ne travaille pas : je discute avec un visiteur inattendu…

Il s'écarta pour la laisser découvrir de qui il parlait.

– Ça alors ! C'est incroyable ! C'est bien vous, Rigwald ! En cette saison, en plus !
– C'est bien moi, en effet ! confirma le Mage en s'avançant vers elle. Quelle grande joie de vous revoir, très chère Elyria !
– C'est une joie partagée ! assura la Fée en l'étreignant. Et surtout, quel bonheur pour Loriel, il me parle de vous si souvent ! Je l'ai même déjà surpris à parler de vous à notre fille, alors qu'elle n'a que six mois ! ajouta-t-elle en riant.
– Comme c'est gentil à lui ! fit Rigwald d'une voix émue. Mais à ce propos, où est la charmante enfant ? Je pensais la voir avec vous !
– C'est vrai qu'en principe, je l'amène à son père après l'entraînement, mais la petite princesse Elzbeth ne semblait pas vouloir faire sa sieste sans elle, et elle criait tellement que j'ai fini par décider de les laisser ensemble le temps qu'elle s'endorme. Elle n'a que six mois elle aussi, mais elle sait déjà ce qu'elle veut ! J'étais simplement venue dire à Loriel de ne pas s'inquiéter pour ce retard inhabituel, mais finalement, cela va me permettre de prendre de vos nouvelles plus tranquillement qu'avec un bébé dans les bras.

Ils discutèrent donc de choses et d'autres durant une petite demi-heure, puis Elyria déclara qu'il était temps qu'elle aille récupérer sa fille pour la présenter enfin au voyageur qui était venu de si loin pour la voir.

 

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21 mars 2016

La Petite Fille aux yeux d'or - Chapitre 2 #7

Prologue & table des matières : CLIC

 

Loriel ouvrit à toute volée la porte de la casemate des gardes, un peu essoufflé par sa course en armure depuis la salle d'entraînement. C'était bien lui !

– Rigwald, quel bonheur de te revoir après tant d'années d'absence !

Les deux hommes échangèrent une chaleureuse accolade.

– Mais dis-moi, d'où viens-tu, pour avoir dû entreprendre un voyage jusqu'à Septentris en plein hiver ? Tu mènes encore tes recherches pour ta chère Encyclopédie ?
– Je ne peux rien te cacher ; tu sais à quel point ces recherches sont importantes pour moi ! J'étais en mission d'exploration depuis près d'un an, très loin au sud d'ici. C'est seulement en rentrant à la Cité des Mages, il y a environ trois semaines, pour y rédiger une série de nouveaux articles, que j'ai découvert le faire-part de naissance que tu m'avais envoyé. J'ai dû prendre un peu de temps pour régler quelques affaires courantes qui ne pouvaient pas rester en suspens, mais dès que j'ai pu me libérer, je suis venu ici pour féliciter les heureux parents et admirer votre petite fille !
– Excusez-moi de vous interrompre, dit alors l'un des gardes qui assistaient à ces retrouvailles. Mes camarades et moi, nous n'avons pas pu nous empêcher d'entendre ce que vous venez de dire au général… Seriez-vous le fameux Mage Faerius, l'auteur de la Grande Encyclopédie des Terres de l'Ouest ?
– C'est bien moi qui ai entrepris cette tâche un peu folle ; Rigwald Faerius, pour vous servir ! confirma le voyageur en se fendant d'une révérence assez comique.

Les soldats furent stupéfaits par cette révélation. L'un des hommes les plus célèbres du continent se tenait là, devant eux, et il venait de discuter avec eux comme si de rien n'était en attendant le général ! La simplicité et la chaleur dont il venait ainsi de faire preuve conquirent le cœur des gardes bien plus que son immense renommée n’aurait pu y parvenir, même si comme tout le monde, ils attendaient avec impatience la parution des nouveaux articles de son incroyable ouvrage. Ce dernier avait pour but de recenser aussi bien la faune, la flore, les sites majeurs que les mœurs des différents pays des Terres de l'Ouest. Il était réputé à la fois pour la fiabilité de son contenu, pour la qualité de ses illustrations et, surtout, pour son style assaisonnant la rigueur scientifique d'une agréable touche d'humour.

Le Mage extirpa un mince rouleau de feuilles de son sac de voyage. Il le tendit au garde porte-parole de ses camarades, qui le prit en hésitant un peu, se demandant visiblement de quoi il s'agissait.

– C'est une copie de mes tout derniers articles. A l'heure où je vous parle, ils doivent tout juste commencer à être édités à la Cité du Savoir, avant leur diffusion aux quatre coins du continent. Je les ai apportés pour les faire lire à mon cher Loriel, mais puisque vous semblez intéressés par mes modestes écrits, je suis sûr qu'il ne verra pas d'inconvénient à ce que vous les lisiez avant lui. N'est-ce pas, Loriel ?

L’intéressé, souriant, acquiesça d'un signe de tête.

– Comment vous remercier pour l'honneur que vous nous faites, Messire Faerius, vous et votre neveu ? balbutia le soldat.
– Allons, pas de ça entre nous ! protesta le Mage en riant. Si vous insistez, disons que c'est ma façon de vous remercier pour m'avoir accueilli au chaud et m'avoir si gentiment tenu compagnie en attendant mon cher Loriel ! À présent, je vous laisse à votre lecture, j'ai une mère et un bébé à embrasser !

 

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Je revais d'un autre monde

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14 mars 2016

La Petite Fille aux yeux d'or - Chapitre 2 #6

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Il redevint sérieux et ôta son casque pour communiquer plus aisément. Les autres imitèrent son geste, ce qui ne fut d'ailleurs pas des plus faciles à cause de leurs encombrantes haches à deux mains.

– Comme vous avez dû le remarquer, il y avait une certaine différence de gabarit entre mes adversaires et moi. De toute évidence, je ne faisais pas le poids face à eux ! De plus, si vous avez eu l'occasion de les observer pendant l'entraînement, vous aurez constaté que la double hache semble être une de leurs armes de prédilection. Tous les quatre la manipulent avec une très grande puissance. Pour parler clairement, je n'avais à peu près aucune chance de les vaincre dans un combat conventionnel. Mon seul espoir de m'en sortir, c'était donc de jouer de l'effet de surprise et de la rapidité d'action.

Il désigna sa hache, toujours fichée dans le sol.

– Je me suis servi de mon arme de manière inhabituelle, parce que j'ai pensé que c'était la meilleure solution, et finalement, cela m'a permis de remporter la victoire. Je suis sûr que maintenant, vous avez compris quelle est la leçon que j'ai voulu vous enseigner en vous faisant cette démonstration. Dans un combat, il n'y a pas que la force et la technique qui comptent, même si ce sont deux éléments souvent cruciaux. Il peut arriver que seule votre rapidité d'esprit vous permette de survivre, face à des situations où tout semble perdu d'avance. N'hésitez pas à faire preuve d'imagination, car votre vie peut dépendre de votre capacité à briser les habitudes et à surprendre vos adversaires !

Il laissa passer un moment de silence, pour que chacun ait le temps de réfléchir à ce qu'il venait de dire, puis il annonça la fin de la séance d'entraînement. Ceux dont c'était le jour de corvée s'affairèrent à remettre la salle en ordre, tandis que le gros des troupes s'en allait par petits groupes en commentant la démonstration à laquelle ils venaient d'assister.

– Avant de partir, si vous pouviez m'aider à extraire ma hache…

Pendant que deux des soldats que le général avait combattus s'acharnaient à récupérer l'arme, incroyablement bien plantée dans le bois, le jeune page sauta de sa chaise et se précipita vers lui pour enfin lui transmettre son message.

– Général de Clairétoile, je suis venu vous informer qu'un visiteur vous attend à l'entrée du château.
– Un visiteur ? De qui s'agit-il ?
– Il n'a pas indiqué son nom, Général. Il a simplement dit qu'il était votre « vieil oncle ».
– Mon vieil oncle ? Mais je n'ai pas… Oh ! Aurait-il abandonné ses précieuses recherches et fait tout ce chemin pour venir voir ma fille ? En plein hiver, ce serait bien de lui, ça ! Quel bonheur, si c’est bien lui, mais je n'ose y croire… Allons vite voir ce mystérieux visiteur, que j’en aie le cœur net !

Le général de Clairétoile, d'ordinaire si calme et maître de lui en toutes circonstances, avait l'air presque aussi nerveux et rougissant qu'un jeune homme à son premier rendez-vous galant, ce qui ne manqua pas de surprendre ceux de ses hommes assez proches pour avoir entendu le message qui venait de lui être délivré. Ce « vieil oncle » devait être quelqu'un de vraiment spécial pour lui ! Il ordonna à l'un de ses seconds de surveiller la remise en état de la salle, puis il partit en courant dans les couloirs du dédale intérieur du château, suivi de près par le jeune page, qui était très curieux d'en savoir davantage.

 

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Je revais d'un autre monde

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07 mars 2016

La Petite Fille aux yeux d'or - Chapitre 2 #5

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Durant ce laps de temps, les trois soldats encore debout avaient d'instinct resserré les rangs. Il n'était plus question d'esbroufe ; leur visage reflétait désormais une intense concentration toute entière tournée vers le général qui, lui, demeurait imperturbablement aux aguets. Les deux plus grands, qui se ressemblaient trop pour ne pas être frères ou cousins, échangèrent un regard entendu avant de s'élancer conjointement en brandissant leur effrayante hache à double tranchant, dans l'intention évidente d'atteindre leur adversaire à la fois par la gauche et par la droite.

C'est alors que Loriel de Clairétoile parut commettre une incroyable erreur d'appréciation : il frappa de toutes ses forces devant lui. Evidemment, son arme passa entre les soldats, qui s’écartèrent facilement de sa trajectoire. Avec un fracas retentissant, elle se ficha profondément dans les épaisses planches de bois qui protégeaient le sol de la salle durant les entraînements. Cependant, au grand ébahissement de l'assemblée, qui pensait assister à la défaite de son chef, cette étrange manœuvre était parfaitement volontaire de sa part. Il se servit de son élan pour transformer sa hache en une sorte de perche autour de laquelle il tournoya si vivement et en accumulant une telle force que ses pieds vinrent s'écraser au milieu du dos des deux soldats. Sous le choc, ils basculèrent en avant sans pouvoir se retenir, ayant tout juste le réflexe salvateur de lâcher leur arme pour ne pas se blesser en tombant dessus.

Profitant de l'effet de surprise, le général bondit vers son quatrième et dernier adversaire, qui ne s'attendait visiblement pas à être la cible d'une telle attaque éclair. Avant d'avoir seulement le temps de penser à se remettre en garde, il se retrouva allongé sur le dos, fauché aux jambes.

Un silence stupéfait suivit l'affrontement. Pourtant, les soldats avaient l'habitude des démonstrations de leur chef, mais celle-ci avait eu quelque chose de quasiment irréel dans l'enchaînement de ses contre-attaques.

– Qu'avez-vous appris de ce combat ? demanda alors le général de sa voix si curieusement douce, surtout après la violence dont il venait de faire preuve.

Un flottement incertain fut sa seule réponse.

– Allons, Mesdames et Messieurs ! reprit Loriel d'un ton goguenard. Personne n'a la moindre idée de ce que j’ai essayé de vous montrer ?

Les regards obstinément fuyants le firent éclater de rire.

– On dirait des enfants interrogés par leur professeur ! N'ayez pas peur, je vais vous le dire !

 

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Je revais d'un autre monde

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