02 mai 2016

La Petite Fille aux yeux d'or - Chapitre 2 #13

Prologue & table des matières : CLIC

 

La semaine suivante passa à une allure folle aux yeux de Loriel, entre ses tâches quotidiennes de général en chef du Royaume du Nord et les heureux moments passés en famille et avec Rigwald. D'ailleurs, le Mage n'avait pas un moment à lui, même quand son protégé devait le laisser pour s'acquitter de ses tâches de général. La nouvelle de la venue du célèbre auteur de l'Encyclopédie s'était répandue comme une traînée de poudre dans toute la cour. De nombreux admirateurs, au premier rang desquels le roi Ismond et la reine Fanya, le pressaient de questions enthousiastes ou l'écoutaient presque religieusement relater quelques-unes de ses innombrables aventures.

Toutefois, à l'en croire, cette vie trépidante ne valait pas la chaleur d'un foyer paisible et aimant. Un soir, il dit à Elyria qu'il regrettait parfois de ne jamais avoir fondé une famille.

– Il n'est peut-être pas trop tard…
– Oh, je crains que si ! Il y a trop longtemps que j'ai pris l'habitude de voyager sans cesse. Ce ne sont pas des conditions idéales pour former un couple et élever des enfants, mais je me connais assez pour savoir que je ne pourrais pas me résigner à m'installer pour de bon dans un seul endroit avant d'y être contraint par l'âge… Pourtant, je ne me plains pas : j'aime la vie que je mène, et j'ai au moins eu la chance de contribuer un peu à l'éducation de mon cher Loriel. Je n'ai évidemment pas la prétention d'avoir remplacé son pauvre père, mais il est pour moi comme un fils.
– Et il vous aime comme un second père, je le sais. Tout comme je sais que vous feriez certainement un excellent grand-père pour notre fille, si vous le souhaitez.

Les yeux du Mage s'embuèrent.

– Ce serait une telle joie ! Je ne sais comment vous remercier, chère Elyria ! Si j'osais…
– Osez, je vous en prie !
– Me permettriez-vous de m'occuper quelquefois de votre adorable enfant, durant le reste de mon séjour ici ?
– Si cela peut vous faire plaisir, je n'y vois aucun inconvénient, mon cher Rigwald.

D'ailleurs, au fil des jours suivants, Elyria s'aperçut qu'elle appréciait vraiment cette aide au quotidien. Elle aimait beaucoup s'occuper de sa fille, mais souffler un peu n'était pas désagréable non plus. Elle en vint même à se dire que lorsque Rigwald serait reparti, elle confierait de temps en temps le bébé à la servante Lirvane qui, malgré son jeune âge, faisait preuve d'une grande maturité et avait toujours le souci de bien faire. Et puis, grâce au pouvoir empathique dont bénéficiaient les Fées, elle serait instantanément alertée au moindre problème que ressentirait la petite fille ; de quoi avoir l'esprit tranquille !

 

[à suivre...]

 

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25 avril 2016

La Petite Fille aux yeux d'or - Chapitre 2 #12

Prologue & table des matières : CLIC

 

Rigwald tira d'une autre de ses poches un joli petit paquet confectionné avec le plus grand soin, qu'il tendit galamment à Elyria. Elle défit délicatement l'entrelacs de rubans qui le maintenait fermé puis, toujours avec délicatesse, elle tira sur une fine cordelette tressée formant une boucle. A l'autre extrémité pendait un fin cercle d'argent d'environ dix centimètres de diamètre, au centre duquel était tissée une sorte de toile d'araignée mêlant des fils de toutes les couleurs et des petites perles d'or dont les facettes reflétaient le moindre rayon de lumière. Intriguée, la Fée examina l'étrange objet avec attention et émerveillement.

– C'est vraiment très joli et minutieusement réalisé, mais j'avoue que je ne sais pas de quoi il s'agit…
– C'est tout à fait normal, car ces petits objets font partie du folklore démonal et ne sont guère connus en dehors des frontières du Royaume du Sud. On appelle cela un « gardien des rêves ». Traditionnellement, les mères Démones en tissent un pour accueillir leur nouveau-né, puis elles l'accrochent sur le berceau. Il est censé filtrer les rêves et empêcher les cauchemars de venir perturber le sommeil des enfants. Comme je vous le disais, cet objet a pour moi une valeur toute particulière. En fait, c'est une réplique exacte de celui que ma regrettée mère avait tissé pour moi, il y a bien des années. Encore aujourd'hui, je le garde précieusement en souvenir d'elle, dans ma maison de la Cité des Mages. Je l'ai fait refaire à l'identique pour votre fille. J'espère que vous ne trouvez pas cela trop ridiculement sentimental !

Il s'essuya furtivement les yeux.

– Pas du tout, au contraire, le rassura Loriel, tout ému lui aussi. Je trouve que c'est un symbole très fort du lien qui nous unit, toi qui m'as pratiquement élevé après la mort de mon père. Je serai heureux que ce « gardien des rêves » veille sur ma fille.
– C'est justement l'heure de sa sieste, renchérit Elyria. Je vous en prie, Rigwald, venez accrocher vous-même votre merveilleux cadeau sur son berceau.

Le Mage bredouilla quelques remerciements, apparemment submergé par l'émotion.

 

[à suivre...]

 

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18 avril 2016

La Petite Fille aux yeux d'or - Chapitre 2 #11

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Rigwald le lui confirma. Lors d'un récent voyage qui l'avait mené dans les profondeurs d'une forêt assez sauvage, il avait découvert une ruine Ancienne. Il s'était peut-être agi d'une grande exploitation agricole, car le site gardait encore la trace de nombreuses stalles qui avaient dû accueillir des chevaux ou d'autres animaux de grande taille.

Pour établir le compte rendu le plus précis possible de ce remarquable site oublié de tous, Rigwald en avait entrepris une exploration approfondie. Il en avait déduit l'hypothèse que l'endroit n'avait pas été habité depuis la disparition des Anciens. Quelques éléments du mobilier d'origine, très abîmés par le temps mais encore reconnaissables, subsistaient en effet dans pratiquement chaque pièce, comme si les occupants étaient partis en laissant leurs meubles derrière eux.

C'est dans ce qui avait dû être une chambre, sous les débris d'un lit qu'il avait soigneusement inspectés comme le reste, que Rigwald avait trouvé ce fantastique objet, dont le métal particulier avait traversé les siècles sans la moindre tache de rouille alors qu'il n'était pas enchanté. Malheureusement, il y avait fort à parier que l'usage des outils miniatures qu'ils ne parvenaient pas à identifier demeure à jamais un mystère, la technologie des Anciens étant d'une complexité et d'une précision inconcevables pour les peuples qui leur avaient succédé…

– Quoi qu'il en soit, j'ai tout de suite pensé à te l'offrir, Loriel. Je ne connais personne d'autre que toi qui soit aussi féru de culture Ancienne. Je suis sûr que tu en feras un excellent usage et que tu sauras rendre hommage à l'ingéniosité sans limite de ce grand peuple.
– Je ne sais comment te remercier pour cet inestimable présent ! Je te promets de tout mettre en œuvre pour me montrer digne de ta confiance.
– Je n'en attendais pas moins de toi, mon très cher Loriel. Allons ! Il ne me reste plus qu'un cadeau à vous offrir, destiné à votre charmante fillette. Je sais que ce n'est pas habituel d'offrir de cadeau à un enfant trop jeune pour l'apprécier, mais il s'agit de quelque chose de très spécial, qui me tenait particulièrement à cœur.

 

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11 avril 2016

La Petite Fille aux yeux d'or - Chapitre 2 #10

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Enfin, le Mage extirpa un étui de cuir un peu plus gros que le poing. Lorsqu'il le prit, Loriel le trouva plus lourd qu'il ne le pensait. Intrigué, il défit la lanière qui le retenait fermé. À l'intérieur, il y avait quelque chose qu'il n'identifia pas. Il sortit entièrement le mystérieux objet, le tourna et le retourna en tous sens, déterminé à résoudre cette énigme.

C'était un objet rectangulaire aux coins légèrement arrondis, qui mesurait environ douze centimètres de long pour trois de large et à peu près autant d'épaisseur. Sa matière extérieure semblait composée de bois aux veines d'une régularité inhabituelle, comme s'il s'agissait en fait d'un matériau inidentifiable auquel on aurait voulu donner l'aspect du bois. Il contenait des sortes de fines tranches de métal argenté sur le dessus et le dessous. Loriel pensa d'abord qu'il pouvait s'agir d'un instrument de musique, mais il écarta aussitôt cette idée. Les lamelles de métal étaient trop larges pour pouvoir vibrer et produire un son.

En examinant de plus près la structure interne de l'objet, il constata que les parties métalliques n'avaient pas toutes la même forme. Il en vit notamment une finement striée, un peu comme une espèce de lime miniature, et une autre tordue en spirale.

Son air perplexe paraissait beaucoup amuser Rigwald. Refusant de s'avouer si vite vaincu, Loriel approcha davantage encore le mystérieux bidule de ses yeux, pour en observer les moindres détails. Il s'aperçut alors que chaque forme de métal était fixée alternativement à l'une des deux extrémités. La plupart présentaient également une sorte d'encoche gravée sur le bord extérieur.

Saisi d'une soudaine inspiration, il glissa un ongle dans l'une de ces rainures et exerça une traction, d'abord légère puis plus soutenue. Tout à coup, une petite paire de ciseaux coulissa et se retrouva en dehors de l'objet, auquel elle resta cependant attachée grâce à cet ingénieux système d'anneaux. Loriel répéta l'opération avec les autres éléments de métal. Il se retrouva bientôt avec trois lames, deux lisses de deux tailles différentes et une longue dentée, et ce qui ressemblait beaucoup à une lime à ongles et à une pince à épiler. En revanche, il ne fut pas capable de déterminer l'utilité de la spirale qui se terminait en pointe, ni de deux lamelles dont l'une s'achevait par une partie plate et l'autre par une forme de croix.

– Quel magnifique objet, même si j'avoue qu'il y a certains de ces outils miniatures dont la fonction m'échappe… Je suppose que le forgeron qui a créé ce chef-d’œuvre t'en a expliqué les secrets. En tout cas, tu pourras lui transmettre toutes mes félicitations pour cet extraordinaire tour de force !

Rigwald eut un petit rire.

– Je crains que ce ne soit pas possible, mon cher Loriel : il n'a rien pu m'expliquer, car il est mort depuis vraiment très, très longtemps !

Loriel le fixa un moment sans comprendre, puis son visage s'éclaira soudain.

– Veux-tu dire que cet objet mystérieux… date des Anciens ?

 

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04 avril 2016

La Petite Fille aux yeux d'or - Chapitre 2 #9

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Lorsqu'elles revinrent toutes les deux, Rigwald ne put retenir une exclamation admirative.

– Quels yeux incroyables ! Je n'en ai jamais vu de pareils au cours de tous mes voyages ! Ils sont aussi rares et magnifiques que ces bijoux en or anciens, dont l'éclat est délicatement adouci par la patine des âges…
– Je connaissais déjà vos talents d'auteur scientifique, Rigwald, mais je découvre avec plaisir que vous êtes aussi poète à vos heures, le complimenta Elyria.

Les Fées étaient très sensibles au charme des mots. C'était d'ailleurs ce qui avait tout d'abord séduit Elyria chez Loriel, dans les premiers temps de leur rencontre. Elle comprenait maintenant qu'il devait tenir cela de Rigwald, qui s'était chargé de son éducation à la mort de son père.

– Oh, mais j'allais oublier de vous donner les petits cadeaux que je vous ai apportés ! s'écria le Mage. Quel étourdi je fais parfois !
– Il ne fallait pas t'encombrer avec ça pour un si long voyage, protesta Loriel. Ta seule présence est déjà le plus beau des cadeaux !
– Allons, tu vas me faire rougir, si tu continues ! Rassure-toi : je n'ai apporté que de petites choses plutôt légères et peu encombrantes. Honneur aux dames, ma chère Elyria ; j'espère que cela plaira à une jeune mère !

Il tira d'une de ses poches un joli petit écrin de métal ouvragé, comme les orfèvres Nains savent si bien en ciseler. Il l'offrit à Elyria en se fendant d'une profonde révérence théâtrale qui la fit sourire. Avec une exclamation ravie, la Fée en sortit un pendentif d'une extrême délicatesse. Un arbre en filigrane était enserré dans un cercle, et à l'une de ses branches pendait une petite breloque en forme de cœur.

– L'arbre représente le peuple féerique, leur expliqua Rigwald, le cercle symbolise la maternité et le cœur est bien sûr votre enfant, fruit de votre amour mutuel. Le Nain qui l'a forgé m'a d'ailleurs dit qu'il pourrait y ajouter d'autres de ces petits cœurs à l'avenir, ajouta-t-il avec un clin d'œil.
– C'est une attention si touchante, mille mercis, cher ami ! Je porterai ce bijou avec grand plaisir en pensant à vous.
– Tout le plaisir est pour moi, et je suis vraiment ravi qu'il vous plaise ! J'espère que tu apprécieras aussi ce que je t'ai apporté, Loriel.

Il fit mine de chercher dans plusieurs autres de ses poches avec des gestes dignes d'un prestidigitateur. Loriel ne put s'empêcher de rire à cette vieille plaisanterie qu'il y avait entre eux depuis son enfance, où il s'extasiait de voir Rigwald faire surgir mille merveilles de ses poches qui lui paraissaient alors sans fond. D'ailleurs, il se demandait toujours si ce n'était pas réellement le cas. On ne sait jamais, avec la magie !

 

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28 mars 2016

La Petite Fille aux yeux d'or - Chapitre 2 #8

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Les deux hommes prirent quand même le temps de faire un brin de toilette et de se changer, l'un pour se débarrasser de la crasse des combats et l'autre de celle de la route. En tant qu'habitant permanent et éminent du château, Loriel avait droit à de vastes appartements privés, lui permettant aisément de recevoir des invités dans les chambres prévues à cet effet, et disposant de deux grandes salles d'eau. Le Royaume du Nord était célèbre pour la qualité de ses bains chauds, fort appréciables sous ce rude climat.

Une fois présentables, ils se retrouvèrent dans le salon privé de Loriel, attenant au bureau où il exerçait ses fonctions de général quand il n'était pas sur le terrain avec ses troupes.

– Elyria ne devrait pas tarder à revenir de son rendez-vous quotidien avec la reine Fanya. Veux-tu te restaurer ou boire quelque chose en attendant ? Les cuisines me montent toujours une collation après l'entraînement, et il y en a largement assez pour deux.

Le Mage accepta volontiers son offre. Ils trinquèrent joyeusement à leurs retrouvailles en discutant des événements majeurs qui leur étaient arrivés durant ces quelques années d'éloignement. Loriel était très curieux de savoir dans quelles régions lointaines s'était rendu Rigwald pour sa fameuse Encyclopédie. Il était en train de lui relater sa découverte d'une espèce de chats des bois d'une remarquable intelligence qu'il avait découverte dans une vaste forêt bordant les Cent Royaumes, un pays très loin au sud du continent, quand quelques coups discrets furent frappés à la porte du salon donnant vers les appartements privés du général.

– Ce doit être Elyria qui revient de chez la reine, supposa ce dernier en se levant pour aller ouvrir.

C'était bien elle en effet, et comme à chaque fois qu'il la voyait, en dépit des années qui passaient, il fut émerveillé par sa beauté extraordinaire. Ce jour-là, elle était revêtue de sa robe d'hiver préférée, dont le tissu d'un bleu profond et chatoyant était parcouru de fines arabesques argentées. Elle avait ajouté une petite cape argentée afin de protéger son dos des courants d'air, en raison de la large échancrure destinée à lui laisser sortir ses ailes si l'envie l'en prenait. Sa longue chevelure d'ébène était parsemée de petites tresses et agrémentée d'un entrelacs de chaînettes d'argent orné de pierres bleues aussi scintillantes que ses yeux.

– Je ne te dérange pas dans ton travail, j'espère ?
– Tu sais bien que tu ne me déranges jamais ! D'ailleurs, figure-toi que je ne travaille pas : je discute avec un visiteur inattendu…

Il s'écarta pour la laisser découvrir de qui il parlait.

– Ça alors ! C'est incroyable ! C'est bien vous, Rigwald ! En cette saison, en plus !
– C'est bien moi, en effet ! confirma le Mage en s'avançant vers elle. Quelle grande joie de vous revoir, très chère Elyria !
– C'est une joie partagée ! assura la Fée en l'étreignant. Et surtout, quel bonheur pour Loriel, il me parle de vous si souvent ! Je l'ai même déjà surpris à parler de vous à notre fille, alors qu'elle n'a que six mois ! ajouta-t-elle en riant.
– Comme c'est gentil à lui ! fit Rigwald d'une voix émue. Mais à ce propos, où est la charmante enfant ? Je pensais la voir avec vous !
– C'est vrai qu'en principe, je l'amène à son père après l'entraînement, mais la petite princesse Elzbeth ne semblait pas vouloir faire sa sieste sans elle, et elle criait tellement que j'ai fini par décider de les laisser ensemble le temps qu'elle s'endorme. Elle n'a que six mois elle aussi, mais elle sait déjà ce qu'elle veut ! J'étais simplement venue dire à Loriel de ne pas s'inquiéter pour ce retard inhabituel, mais finalement, cela va me permettre de prendre de vos nouvelles plus tranquillement qu'avec un bébé dans les bras.

Ils discutèrent donc de choses et d'autres durant une petite demi-heure, puis Elyria déclara qu'il était temps qu'elle aille récupérer sa fille pour la présenter enfin au voyageur qui était venu de si loin pour la voir.

 

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21 mars 2016

La Petite Fille aux yeux d'or - Chapitre 2 #7

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Loriel ouvrit à toute volée la porte de la casemate des gardes, un peu essoufflé par sa course en armure depuis la salle d'entraînement. C'était bien lui !

– Rigwald, quel bonheur de te revoir après tant d'années d'absence !

Les deux hommes échangèrent une chaleureuse accolade.

– Mais dis-moi, d'où viens-tu, pour avoir dû entreprendre un voyage jusqu'à Septentris en plein hiver ? Tu mènes encore tes recherches pour ta chère Encyclopédie ?
– Je ne peux rien te cacher ; tu sais à quel point ces recherches sont importantes pour moi ! J'étais en mission d'exploration depuis près d'un an, très loin au sud d'ici. C'est seulement en rentrant à la Cité des Mages, il y a environ trois semaines, pour y rédiger une série de nouveaux articles, que j'ai découvert le faire-part de naissance que tu m'avais envoyé. J'ai dû prendre un peu de temps pour régler quelques affaires courantes qui ne pouvaient pas rester en suspens, mais dès que j'ai pu me libérer, je suis venu ici pour féliciter les heureux parents et admirer votre petite fille !
– Excusez-moi de vous interrompre, dit alors l'un des gardes qui assistaient à ces retrouvailles. Mes camarades et moi, nous n'avons pas pu nous empêcher d'entendre ce que vous venez de dire au général… Seriez-vous le fameux Mage Faerius, l'auteur de la Grande Encyclopédie des Terres de l'Ouest ?
– C'est bien moi qui ai entrepris cette tâche un peu folle ; Rigwald Faerius, pour vous servir ! confirma le voyageur en se fendant d'une révérence assez comique.

Les soldats furent stupéfaits par cette révélation. L'un des hommes les plus célèbres du continent se tenait là, devant eux, et il venait de discuter avec eux comme si de rien n'était en attendant le général ! La simplicité et la chaleur dont il venait ainsi de faire preuve conquirent le cœur des gardes bien plus que son immense renommée n’aurait pu y parvenir, même si comme tout le monde, ils attendaient avec impatience la parution des nouveaux articles de son incroyable ouvrage. Ce dernier avait pour but de recenser aussi bien la faune, la flore, les sites majeurs que les mœurs des différents pays des Terres de l'Ouest. Il était réputé à la fois pour la fiabilité de son contenu, pour la qualité de ses illustrations et, surtout, pour son style assaisonnant la rigueur scientifique d'une agréable touche d'humour.

Le Mage extirpa un mince rouleau de feuilles de son sac de voyage. Il le tendit au garde porte-parole de ses camarades, qui le prit en hésitant un peu, se demandant visiblement de quoi il s'agissait.

– C'est une copie de mes tout derniers articles. A l'heure où je vous parle, ils doivent tout juste commencer à être édités à la Cité du Savoir, avant leur diffusion aux quatre coins du continent. Je les ai apportés pour les faire lire à mon cher Loriel, mais puisque vous semblez intéressés par mes modestes écrits, je suis sûr qu'il ne verra pas d'inconvénient à ce que vous les lisiez avant lui. N'est-ce pas, Loriel ?

L’intéressé, souriant, acquiesça d'un signe de tête.

– Comment vous remercier pour l'honneur que vous nous faites, Messire Faerius, vous et votre neveu ? balbutia le soldat.
– Allons, pas de ça entre nous ! protesta le Mage en riant. Si vous insistez, disons que c'est ma façon de vous remercier pour m'avoir accueilli au chaud et m'avoir si gentiment tenu compagnie en attendant mon cher Loriel ! À présent, je vous laisse à votre lecture, j'ai une mère et un bébé à embrasser !

 

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14 mars 2016

La Petite Fille aux yeux d'or - Chapitre 2 #6

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Il redevint sérieux et ôta son casque pour communiquer plus aisément. Les autres imitèrent son geste, ce qui ne fut d'ailleurs pas des plus faciles à cause de leurs encombrantes haches à deux mains.

– Comme vous avez dû le remarquer, il y avait une certaine différence de gabarit entre mes adversaires et moi. De toute évidence, je ne faisais pas le poids face à eux ! De plus, si vous avez eu l'occasion de les observer pendant l'entraînement, vous aurez constaté que la double hache semble être une de leurs armes de prédilection. Tous les quatre la manipulent avec une très grande puissance. Pour parler clairement, je n'avais à peu près aucune chance de les vaincre dans un combat conventionnel. Mon seul espoir de m'en sortir, c'était donc de jouer de l'effet de surprise et de la rapidité d'action.

Il désigna sa hache, toujours fichée dans le sol.

– Je me suis servi de mon arme de manière inhabituelle, parce que j'ai pensé que c'était la meilleure solution, et finalement, cela m'a permis de remporter la victoire. Je suis sûr que maintenant, vous avez compris quelle est la leçon que j'ai voulu vous enseigner en vous faisant cette démonstration. Dans un combat, il n'y a pas que la force et la technique qui comptent, même si ce sont deux éléments souvent cruciaux. Il peut arriver que seule votre rapidité d'esprit vous permette de survivre, face à des situations où tout semble perdu d'avance. N'hésitez pas à faire preuve d'imagination, car votre vie peut dépendre de votre capacité à briser les habitudes et à surprendre vos adversaires !

Il laissa passer un moment de silence, pour que chacun ait le temps de réfléchir à ce qu'il venait de dire, puis il annonça la fin de la séance d'entraînement. Ceux dont c'était le jour de corvée s'affairèrent à remettre la salle en ordre, tandis que le gros des troupes s'en allait par petits groupes en commentant la démonstration à laquelle ils venaient d'assister.

– Avant de partir, si vous pouviez m'aider à extraire ma hache…

Pendant que deux des soldats que le général avait combattus s'acharnaient à récupérer l'arme, incroyablement bien plantée dans le bois, le jeune page sauta de sa chaise et se précipita vers lui pour enfin lui transmettre son message.

– Général de Clairétoile, je suis venu vous informer qu'un visiteur vous attend à l'entrée du château.
– Un visiteur ? De qui s'agit-il ?
– Il n'a pas indiqué son nom, Général. Il a simplement dit qu'il était votre « vieil oncle ».
– Mon vieil oncle ? Mais je n'ai pas… Oh ! Aurait-il abandonné ses précieuses recherches et fait tout ce chemin pour venir voir ma fille ? En plein hiver, ce serait bien de lui, ça ! Quel bonheur, si c’est bien lui, mais je n'ose y croire… Allons vite voir ce mystérieux visiteur, que j’en aie le cœur net !

Le général de Clairétoile, d'ordinaire si calme et maître de lui en toutes circonstances, avait l'air presque aussi nerveux et rougissant qu'un jeune homme à son premier rendez-vous galant, ce qui ne manqua pas de surprendre ceux de ses hommes assez proches pour avoir entendu le message qui venait de lui être délivré. Ce « vieil oncle » devait être quelqu'un de vraiment spécial pour lui ! Il ordonna à l'un de ses seconds de surveiller la remise en état de la salle, puis il partit en courant dans les couloirs du dédale intérieur du château, suivi de près par le jeune page, qui était très curieux d'en savoir davantage.

 

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07 mars 2016

La Petite Fille aux yeux d'or - Chapitre 2 #5

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Durant ce laps de temps, les trois soldats encore debout avaient d'instinct resserré les rangs. Il n'était plus question d'esbroufe ; leur visage reflétait désormais une intense concentration toute entière tournée vers le général qui, lui, demeurait imperturbablement aux aguets. Les deux plus grands, qui se ressemblaient trop pour ne pas être frères ou cousins, échangèrent un regard entendu avant de s'élancer conjointement en brandissant leur effrayante hache à double tranchant, dans l'intention évidente d'atteindre leur adversaire à la fois par la gauche et par la droite.

C'est alors que Loriel de Clairétoile parut commettre une incroyable erreur d'appréciation : il frappa de toutes ses forces devant lui. Evidemment, son arme passa entre les soldats, qui s’écartèrent facilement de sa trajectoire. Avec un fracas retentissant, elle se ficha profondément dans les épaisses planches de bois qui protégeaient le sol de la salle durant les entraînements. Cependant, au grand ébahissement de l'assemblée, qui pensait assister à la défaite de son chef, cette étrange manœuvre était parfaitement volontaire de sa part. Il se servit de son élan pour transformer sa hache en une sorte de perche autour de laquelle il tournoya si vivement et en accumulant une telle force que ses pieds vinrent s'écraser au milieu du dos des deux soldats. Sous le choc, ils basculèrent en avant sans pouvoir se retenir, ayant tout juste le réflexe salvateur de lâcher leur arme pour ne pas se blesser en tombant dessus.

Profitant de l'effet de surprise, le général bondit vers son quatrième et dernier adversaire, qui ne s'attendait visiblement pas à être la cible d'une telle attaque éclair. Avant d'avoir seulement le temps de penser à se remettre en garde, il se retrouva allongé sur le dos, fauché aux jambes.

Un silence stupéfait suivit l'affrontement. Pourtant, les soldats avaient l'habitude des démonstrations de leur chef, mais celle-ci avait eu quelque chose de quasiment irréel dans l'enchaînement de ses contre-attaques.

– Qu'avez-vous appris de ce combat ? demanda alors le général de sa voix si curieusement douce, surtout après la violence dont il venait de faire preuve.

Un flottement incertain fut sa seule réponse.

– Allons, Mesdames et Messieurs ! reprit Loriel d'un ton goguenard. Personne n'a la moindre idée de ce que j’ai essayé de vous montrer ?

Les regards obstinément fuyants le firent éclater de rire.

– On dirait des enfants interrogés par leur professeur ! N'ayez pas peur, je vais vous le dire !

 

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29 février 2016

La Petite Fille aux yeux d'or - Chapitre 2 #4

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Tout à coup, un éclat de voix retentit, faisant aussitôt cesser l’énorme fracas métallique qui envahissait la pièce, pourtant conçue pour limiter la réverbération des sons. Les combattants posèrent le manche de leur lourde hache au sol, mais même si leurs bras devaient en être soulagés, leurs visages restaient tendus. Pour avoir déjà assisté, plus jeune, à quelques entraînements, le page devina de quoi il retournait : c’était le moment de la démonstration du général. Contrairement aux autres, cette nouvelle le réjouit : il n’allait plus avoir de difficulté à le localiser ! Les soldats, eux, attendaient cette épreuve avec une certaine appréhension, se demandant qui leur chef allait choisir comme cobaye pour leur montrer une de ces redoutables bottes dont il avait le secret…

Curieux d’assister à un spectacle qu’il était inimaginable d’interrompre pour tous les « vieux oncles » du monde, le page monta sur une des chaises qui avaient été repoussées contre les murs, le temps de l’entraînement. Il ne fut pas déçu. D'une voix étonnement douce, l'un des hommes en armure, qui n'avait pas une stature particulièrement imposante et que rien ne différenciait des autres a priori, donna l'ordre à quatre grands gaillards de reprendre leur redoutable hache et de venir l'affronter tous ensemble. Deux des soldats ainsi désignés semblaient ne pas en mener large. En revanche, les deux autres paraissaient avoir envie de jouer les gros bras face à leur adversaire, qui avait une apparence presque frêle comparé à eux. Ils fendirent l'air en de menaçants moulinets. Cette provocation laissa de marbre le général de Clairétoile, qui attendait patiemment que le premier assaut soit lancé contre lui. Autour des combattants, la tension devenait presque palpable, plus intense à chaque seconde.

Brusquement, un des deux soldats restés en retrait frappa. Ce coup assez inattendu fit sursauter la plupart des membres de l'assistance, mais le général esquiva d'un petit bond de côté si fluide et rapide que cela déséquilibra l'assaillant. Profitant de l'occasion, il lui donna un coup sec de la hampe de son arme sur l'épaule, lui faisant lâcher sa lourde hache en grimaçant de douleur.

– Et un de moins ! souffla avec admiration un soldat non loin du jeune page, toujours grimpé sur sa chaise. Il ne lui aura pas fallu longtemps, quel guerrier incroyable !
– C’est sûr, c'est bien lui le meilleur ! confirma son voisin sur le même ton.
– Un peu de silence, là derrière ! J'essaye de me concentrer sur le combat !

 

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