03 juillet 2015

Le Regard des Autres - Chapitre 1 : Deux Regards qui se croisent #6

Roman d'anticipation où les personnages, d'apparence banale, portent sur le monde un Regard très différent...
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Cependant, je n'eus pas le temps de m'appesantir sur ce dilemme intérieur car, traversant le cercle assez dense de personnes qui s'amassaient désormais autour de nous, un journaliste de la télévision locale commença à nous interviewer sur les récents événements, tandis que son caméraman nous filmait. Cela me mit extrêmement mal à l'aise, aussi m'écartai-je discrètement du champ pour avoir l'air de faire simplement partie de la foule. Par chance, ils semblaient surtout désireux de recueillir le témoignage de Stéphane, qu'ils avaient évidemment reconnu tout de suite, et ils ne me prêtaient pas vraiment attention. Ils ne devaient pas être dupes de mon petit manège, mais pour eux, je n'étais sans doute que la plus récente conquête féminine d'une longue liste, pas très intéressante dans ces circonstances. Cela ne me dérangeait pas : je n'avais aucunement l'intention de les détromper ni de leur révéler le rôle que je venais de jouer.

– Comme vous le voyez, je me trouve actuellement, en exclusivité pour ProxiTV, en compagnie du célèbre Stéphane Tournier, dont l'intervention de ce soir a, une fois encore, permis de sauver de nombreuses vies, parmi lesquelles celle de votre serviteur. Monsieur Tournier, que pouvez-vous nous dire sur l'incroyable scène dont nous avons été témoins, il y a quelques minutes à peine ?

Contrairement à moi, Stéphane paraissait tout à fait dans son élément. C'est donc avec une parfaite aisance qu'il répondit par une demi-vérité convaincante. Il prétendit qu'un de ses « contacts » dotés de la Seconde Vision l'avait informé de cette effroyable tentative d'attentat et qu'il s'était contenté de suivre ses instructions pour anéantir la menace. Toutefois, comme on pouvait s'y attendre, le journaliste ne fut guère satisfait par ces explications, qui omettaient de parler d'un événement majeur impossible à ignorer, qu'il appela « le brouillard révélateur du destin ». Il semblait très fier de cette formule.

– S'agit-il d'une nouvelle manifestation de vos remarquables talents, ou peut-être d'un nouveau type de Changé qui aurait développé un pouvoir encore inédit ?

– Eh bien, c'est un phénomène étonnant, en effet, dont nous avons tous été témoins ce soir…

Je compris à son débit lent et un peu hésitant que Stéphane faisait de louables efforts  pour respecter mon désir d'anonymat, mais que pour une fois, il ne savait pas trop comment noyer le poisson. Je commençai à me dire qu'il n'y aurait pas d'échappatoire pour moi, ce jour-là, et que j'allais devoir rendre compte de mon implication dans toute cette histoire. Je sentis des larmes d'impuissance me monter aux yeux en constatant que la paisible période de ma vie où j'étais restée soigneusement cachée allait prendre fin. De terrifiants souvenirs de mon passé tentèrent de profiter de cet instant de faiblesse pour me submerger, mais je les repoussai fermement. Après tout, si j'avais pu survivre à ça, que pouvais-je encore craindre – si ce n'est, bien sûr, que ce cauchemar recommence… ? De toute façon, je n'avais pas le temps d'explorer les nouveaux chemins détournés de l'avenir qui s'étaient entrouverts après l'usage des Yeux de Vérité, pour Voir si l'un d'eux me permettrait de m'enfuir. Ce n'était décidément pas une soirée merveilleuse !

Résignée à prendre le risque malgré les nœuds que mon estomac semblait soudain s'amuser à faire, j'avançai vers Stéphane et les deux fichus types de la télé locale, mais je fus interrompue par un mouvement de foule assorti d'exclamations admiratives. Intriguée, je me retournai pour chercher quelle était l'origine de cette agitation. Je ne pus m'empêcher de m'exclamer à mon tour en découvrant la célébrissime Isadora Millefiori, l'Ange Bleu en personne, à quelques pas de moi.

Il faut dire qu'elle était impressionnante ! Elle était vêtue d'une de ces robes bleu nuit aux voilages vaporeux, presque éthérés, qu'elle affectionnait particulièrement porter sur scène et qui lui avaient valu son surnom. Sa sombre chevelure, relevée en un magnifique chignon aux multiples tresses, était parsemée de cristaux d'un bleu azur rappelant celui de ses yeux étincelants. A son approche, tous s'écartèrent spontanément pour lui céder le passage, sans essayer de la retenir pour lui demander un vulgaire autographe. Sa haute taille, son port altier et le demi-sourire énigmatique qu'affichait la plupart du temps son élégant visage, renforçaient encore le respect que son immense talent inspirait depuis le début de sa carrière de chanteuse.

Et sa voix quand elle s'adressa à Stéphane et au journaliste qui l'interviewait ! Même quand elle ne faisait que parler, on entendait comme l'écho d'un chant derrière la phrase la plus simple et la plus brève.

– Mon très cher Stéphane, comme je suis heureuse de vous voir ici ! Et pas seulement parce que vous venez de tous nous sauver d'un funeste destin, assura-t-elle en lui prenant les mains d'un geste un peu théâtral – une autre de ses habitudes, qu'on lui pardonnait bien volontiers grâce à sa réelle générosité de cœur. Quand je pense aux ignobles individus qui ont essayé de perpétrer un attentat aussi lâche ! Une bombe dans un drone lancé au milieu de tant d'innocents, faut-il être méprisable ! Si je ne me retenais pas, la colère et le dégoût me feraient tenir des propos tout à fait vulgaires !

Le journaliste crut pouvoir profiter d'une pause dans son envolée lyrique pour lui poser une question, mais à mon grand soulagement, il en fut pour ses frais. L'Ange Bleu ne semblait pas disposée à s'arrêter de sitôt ; toutefois, c'est avec un ton radouci qu'elle poursuivit son monologue. L'assistance était comme suspendue à ses lèvres teintées de rouge framboise, y compris moi. Elle exerçait une sorte d'irrésistible fascination.

– Bien que ce ne soit pas grand-chose en comparaison de l'héroïsme de Stéphane Tournier, je tiens moi aussi à faire preuve de courage en dépit des circonstances. Il y aura certainement une enquête menée par les vaillantes forces de l'ordre du pays pour déterminer qui sont les coupables de cette odieuse tentative d'attentat, mais en attendant, ne nous laissons pas intimider ! Je vous annonce donc que je maintiens mon concert. Je précise aussi que tous ceux qui préféreraient ne pas y assister et rentrer chez eux rejoindre leur famille seront intégralement remboursés sur simple demande de leur part. Allons, mon cher Stéphane, montrons l'exemple, si vous le voulez bien : avec votre amie, suivez-moi jusqu'au théâtre !

Elle nous ouvrit la voie dans la foule, au milieu des vivats et des applaudissements. Nous suivîmes son sillage sans nous faire prier, trop contents d'échapper ainsi à la curiosité journalistique.

 

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26 juin 2015

Le Regard des Autres - Chapitre 1 : Deux Regards qui se croisent #5

Roman d'anticipation où les personnages, d'apparence banale, portent sur le monde un Regard très différent...
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Le silence irréel de la foule dura encore presque une minute avant qu'on entende un bébé se mettre à crier et sa mère tenter de le calmer. Ce fut comme si un signal avait été donné aux autres personnes présentes. Certaines commencèrent à parler de ce qui venait de se produire, d'autres à pleurer à cause du choc qu'elles venaient de ressentir.

Près de nous, des exclamations s'élevèrent, de plus en plus nombreuses.

– Mais… C'est Stéphane Tournier !

– Quoi ? Où ça ? Oh oui, c'est bien lui !

– C'est le sauveur de la Terre ! Et il vient de nous sauver encore une fois !

– Vive Stéphane Tournier ! Vive notre héros !

Des gens applaudirent avec enthousiasme, mais je remarquai qu'aucun ne s'approchait pour serrer la main de leur sauveur. Même s'ils lui étaient reconnaissants de leur avoir sauvé la vie, ils n'arrivaient pas à surmonter leur peur du Regard du Vide. Je comprenais leur réaction, puisque moi aussi, autrefois…

Tout à coup, je sentis deux petits bras enlacer ma taille tandis qu'une voix angoissée s'élevait un peu plus loin derrière moi.

– Lulu, reviens ici tout de suite !

Baissant la tête, je découvris que ladite Lulu était une fillette d'une dizaine d'années, qui me fixait de ses grands yeux émerveillés et confiants. Sa mère l'ayant rappelée sur le même ton, elle me lâcha et se tourna vers elle.

– N'aies pas peur, Maman ! Je te l'avais bien dit, qu'une princesse viendrait nous sauver !

Il me fallut quelques instants pour réaliser que la « princesse », c'était moi, à cause de la spectaculaire robe de soirée que je portais ; puis quelques instants de plus pour saisir toutes les implications de cette phrase.

– Comment savais-tu que je vous sauverais ? Est-ce que tu avais déjà Vu ce qui vient de se passer ?

La petite fille acquiesça d'un signe de tête.

– Je vous ai vue dans mes rêves depuis plusieurs jours. Je l'ai dit à Maman, qu'il y aurait une bombe mais que je n'avais pas peur parce qu'une princesse allait tous nous sauver. Elle m'a dit que ce n'était qu'un rêve, mais je savais bien, moi, que ça allait se réaliser !

Une jeune femme au teint blême s'approcha.

– Allons, Ludivine, n'embête pas la dame et viens, nous allons rentrer à la maison, maintenant…

– Mais tu m'avais dit que tu voulais absolument que j'entende chanter l'Ange Bleu, Je veux pas rentrer tout de suite, moi !

– Tu sais, après ce qui s'est passé, je ne crois pas qu'elle va chanter ce soir…

– Mais si, je l'ai vue dans mes rêves, comme la princesse !

– Oh, tu ne vas pas recommencer avec ces histoires de rêves…

– Je ne pense pas qu'il s'agisse de simples rêves, intervint Stéphane. Il semble que votre fille soit en train de développer son don de Seconde Vision.

– Vous voulez dire que… ma petite fille est … une Changée ?

Son ton effaré me rappela de douloureux souvenirs que je croyais avoir effacés… Stéphane, lui, poursuivit la conversation sans paraître troublé ; au contraire, il affichait un grand sourire réjoui.

– Apparemment oui, des rêves prémonitoires sont souvent un signe que ce don est en phase de maturation. C'est merveilleux d'avoir cette chance !

– Vous… Vous trouvez ? demanda la mère d'un ton un peu moins effrayé.

– Mais bien sûr ! Rappelez-vous, c'est un Changé doté de la Seconde Vision qui a pu localiser la météorite autrefois ! Et ce soir, c'est grâce à mon amie qui a le même pouvoir que nos vies ont pu être sauvées !

– Eh bien… je… Si c'est vous qui le dites, Monsieur Tournier…

– Je vous assure, les porteurs de ce don sont de véritables héros qui peuvent empêcher de terribles catastrophes de se produire ! Tenez, je vous donne ma carte avec mon numéro privé : prenez le temps de réfléchir à tout cela, discutez-en avec votre talentueuse fille, et quand vous vous sentirez prêtes toutes les deux, appelez-moi pour que nous voyons ensemble comment aider Ludivine à maîtriser le fantastique pouvoir qu'elle a la chance d'avoir reçu.

– D'accord, très bien, je… nous allons y réfléchir.

– J'en suis très heureux, j'attends de vos nouvelles au plus vite, Madame… ?

– Nova. Sandra Nova.

– Madame Nova. En attendant, prenez bien soin de vous.

– Merci beaucoup, Monsieur Tournier, et… à bientôt, alors !

Mère et fille s'éloignèrent. J'étais stupéfaite de la tournure prise par les événements, mais avant que je puisse féliciter Stéphane pour sa convaincante intervention, il me demanda de Regarder le proche avenir de cette petite famille. Je m'exécutai et je pus, à sa grande joie, confirmer qu'il y avait une probabilité extrêmement élevée que la dénommée Sandra Nova le rappelle bel et bien d'ici trois ou quatre jours.

– Super ! s'exclama-t-il. Une nouvelle recrue aussi prometteuse, cela ne se rencontre pas tous les jours !

Je ne savais que penser de ce « recrutement ». Je ne remettais pas en cause la sincérité de Stéphane dans son engagement à faire mieux accepter les Changés au sein de la société, mais mon expérience personnelle me donnait envie de fuir et de me cacher, comme je l'avais fait depuis tant d'années…

 

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19 juin 2015

Le Regard des Autres - Chapitre 1 : Deux Regards qui se croisent #4

Roman d'anticipation où les personnages, d'apparence banale, portent sur le monde un Regard très différent...
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Sa mission accomplie, Stéphane referma aussitôt les yeux, pour ne pas risquer de toucher autre chose par le terrifiant pouvoir du Regard du Vide.

Je sentis mon cœur se serrer à l'idée de ce qu'il me restait à faire, mais je ne pouvais plus reculer. Comme je l'ai dit, ma décision était prise. Je devais aller jusqu'au bout même si cette fois, je ne pouvais pas Voir quelles seraient les conséquences de mon choix.

– Attends, ce n'est pas fini. Ton don doit encore servir.

Je lui orientai de nouveau la tête, très vite, pour qu'il n'ait pas le temps de comprendre.

– Maintenant ! lui intimai-je pour la seconde fois.

Il rouvrit les yeux. Je sentis son sursaut de terreur quand il découvrit qu'ils étaient rivés dans les miens.

Par réflexe, il essaya de les refermer, mais c'était inutile.

Je lus l'incompréhension sur son visage lorsqu'il réalisa qu'il en était incapable, puis l'étonnement quand il se rendit compte que je ne disparaissais pas. Ce fut à mon tour de le serrer dans mes bras pour l'apaiser. Les premières fois sont souvent angoissantes.

Nous observâmes dans les yeux l'un de l'autre cet étrange phénomène que j'étais peut-être la seule à connaître sur la planète entière. Les cercles bleus de la Seconde Vision et les cercles rouges du Regard du Vide laissèrent la place à des cercles d'un violet éclatant. Autrefois, quelqu'un les avait baptisés « Yeux de Vérité », et je chérissais ce nom autant que la personne qui l'avait créé…

– Ne t'en fais pas, tout va bien, murmurai-je à Stéphane.

J'espérais que cela suffirait à le rassurer face à la suite des événements. Je n'allais pas tarder à le savoir : cela commençait.

Des volutes d'une espèce de brume mauve s'enroulèrent autour de nous, s'étendant progressivement. Evidemment, elle n'avait rien d'une brume ordinaire, mais faute de trouver un terme plus approprié, j'avais pris l'habitude de l'appeler ainsi. Elle était presque imperceptible, et pourtant incroyablement lumineuse ; mais ce n'était là que la moindre de ses extraordinaires caractéristiques.

Au fur et à mesure de son extension, c'était comme si notre champ de vision s'élargissait, alors qu'en même temps, nous voyions toujours par nos yeux. J'étais familière de cet effet de surimpression, assez similaire à celui de mon don. En revanche, le pauvre Stéphane y était confronté pour la première fois. Il tentait vaillamment de faire face, mais je pouvais sentir le léger tremblement qui l'agitait et le halètement de son souffle. Compatissante, je parvins à lui caresser doucement le dos d'une main. A ce stade, nous ne pouvions quasiment plus contrôler nos corps, et parler était totalement impossible. Le pouvoir des Yeux de Vérité était trop fort. Nous ne pouvions que nous abandonner à cette irrésistible vague qui nous emportait.

Nous n'étions d'ailleurs pas les seuls à être affectés. La brume recouvrait désormais toute la place et s'infiltrait dans les rues et les bâtiments adjacents. Tous ceux qu'elle touchait s'immobilisaient, les yeux écarquillés. Un pesant silence s'était installé.

L'attente ne serait plus très longue, à présent.

Le signe que je guettais se manifesta environ deux minutes plus tard. Dans les yeux de Stéphane, les cercles violets s'assombrirent l'espace d'une seconde, puis se mirent à briller d'une lumière si intense qu'elle frôlait la limite du supportable.

A cet instant, la Vérité déferla sur nous tous, et chacun Vit ce qui aurait dû se produire.

Au milieu des hurlements d'effroi, le drone heurta le sol et explosa dans un fracas épouvantable. Des dizaines de personnes moururent sur le coup, et beaucoup plus encore furent profondément blessées dans leur chair. La souffrance avait rejoint la peur.

Là où l'engin avait frappé, il n'y avait plus que des corps gisant sans vie, des membres arrachés, des gargouillis sanglants. Un peu plus loin, des râles et des gémissements s'élevaient dans l'air. Plus loin encore, ceux qui pouvaient se relever se mettaient à pleurer et à crier ou restaient hébétés, écrasés par l'horreur et l'incompréhension.

Partout régnaient la douleur et le désespoir.

Et puis, aussi soudainement qu'elle avait commencé, la Vision s'acheva. Chacun sut, avec une certitude absolue, que ce à quoi il venait d'assister aurait véritablement dû être son destin. Quand on était touché par le pouvoir des Yeux de Vérité, il était ensuite impossible de mentir sur ce qu'on avait Vu, même des années après.

Les yeux de Stéphane et les miens redevinrent humains. La brume se dissipa sans laisser la moindre trace, nous rendant le contrôle de nous-mêmes.

 

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12 juin 2015

Le Regard des Autres - Chapitre 1 : Deux Regards qui se croisent #3

Roman d'anticipation où les personnages, d'apparence banale, portent sur le monde un Regard très différent...
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En attendant l'heure fatidique, qui devait avoir lieu juste avant le début du fameux concert de l'Ange Bleu, il décida de me faire partager un peu de sa « vie luxueuse ». J'acceptais avec plaisir. Nous étions tous les deux conscients que cette soirée serait peut-être notre dernière, alors pourquoi se priver d'un moment agréable ?

– D'abord le dîner ou la robe ? me demanda-t-il plaisamment.

Je fis mine de me plonger dans une intense réflexion.

– Hum… Le dîner ! Comme ça, je serai sûre de rentrer dans la robe.

– Dans ce cas, je te propose de faire monter quelque chose, pour profiter de la vue magnifique qu'on a du balcon.

Cette fois, c'est vraiment le service d'étage qui frappa à la porte, une vingtaine de minutes plus tard. Il était encore un peu tôt pour un dîner, mais cela n'avait pas empêché les cuisines de nous préparer ce que nous avions commandé. Pourtant, l'appétit des Changés était légendaire, et le plateau était si bien garni qu'on aurait plutôt cru qu'il avait été préparé pour quatre ou cinq convives – mais à la fin, il ne resta plus une miette de toute cette délicieuse nourriture.

Ce copieux repas m'avait donné l'énergie d'affronter ce qui nous attendait dans à peine une heure. De toute évidence, il en allait de même pour Stéphane, qui se leva d'un bond, effectua quelques pas de danse et me tendit le bras.

– Alors, ma chère Chloé, prête pour une nouvelle robe ?

– Toujours ! lui répondis-je en riant.

– Parfait ! Pour fêter ça, je vais aussi m'offrir un nouveau costume, et c'est toi qui le choisiras !

– Houlà, tu prends des risques en me demandant une chose pareille !

Il redevint soudain sérieux.

– Je te l'ai dit : je te fais entièrement confiance.

Et puis, bien sûr, il se remit à rire en voyant qu'il avait encore réussi à me faire rougir.

C'est donc tous deux vêtus de neuf, Stéphane dans un costume « élégant mais plus original que ce qu'il portait d'habitude », selon ses dires, et moi dans une robe de star que je n'aurais jamais imaginé porter un jour, que nous nous rendîmes à notre rendez-vous fatidique. Finies, les plaisanteries ; nous étions tous les deux extrêmement concentrés sur la mission que nous nous étions fixée.

Malgré la tension que je ressentais, j'étais contente que ni l'un ni l'autre, nous n'ayons proposé de fuir pour sauver nos vies, en abandonnant celles de tant d'autres derrière nous. A présent, nous n'avions plus le choix. Il nous fallait réussir ou mourir.

Il y avait foule sur la place entre l'hôtel et l'opéra, surtout dans la zone où avait été installé l'écran géant où allait être retransmis gratuitement le récital, selon la volonté de l'Ange Bleu, dont la générosité était aussi célèbre que sa voix exceptionnelle.

Le soir commençait tout doucement à tomber. L'air était encore chaud, mais une légère brise annonçait la fraîcheur bienvenue de la nuit. Cela aurait vraiment pu être une soirée merveilleuse…

Je sentis les battements de mon cœur s'accélérer. Le moment était tout proche. Je déclenchai ma Seconde Vision.

Prenant Stéphane par la main, je le menai jusqu'à l'endroit où allait se jouer notre unique chance de survie. Là, je Vis que personne ne nous bousculerait, malgré les événements qui allaient se déclencher.

Le bruit ambiant était si fort que pour être sûre qu'il m'entende, je me serrai contre lui, sur la pointe des pieds, la bouche tout contre son oreille. Dans un réflexe protecteur, il referma ses bras autour de moi.

– C'est pour très bientôt, lui soufflai-je.

– Montre-moi, me répondit-il en fermant les yeux.

D'une main, je lui tournai légèrement la tête vers la gauche, puis lui relevai le menton jusqu'à atteindre l'angle exact où l'objet allait arriver dans moins d'une minute. Le souffle de Stéphane devint plus lent et profond, signe de son intense concentration.

Je lui tournai le dos, mais mes Yeux changés Virent quand même la petite tache sombre apparaître dans le ciel et grossir progressivement. Autour de nous, quelques personnes la repérèrent. Les exclamations se firent de plus en plus nombreuses, d'abord curieuses puis inquiètes, tandis que l'engin se rapprochait. On le distinguait désormais assez pour y reconnaître un gros drone.

Je sentis le corps de Stéphane se crisper contre le mien.

– Pas encore, lui indiquai-je à l'oreille.

Des cris de panique s'élevèrent ici et là. Des gens se mirent à courir pour tenter de s'enfuir de la place. Il devenait évident que le drone avait des intentions hostiles et qu'il n'allait pas tarder à s'écraser au milieu de la foule.

– Pas encore, répétai-je. Encore quelques secondes.

La panique se généralisa. Le sifflement du moteur de l'engin s'amplifia rapidement, sans toutefois parvenir à couvrir les hurlements d'angoisse de ceux qui se rendaient compte qu'il était trop tard pour prendre la fuite.

– Maintenant !

Il ouvrit les yeux. Des yeux entièrement noirs, dans chacun desquels étincelaient deux fins cercles d'un rouge extrêmement vif. Des yeux qui fixèrent inexorablement l'engin de mort qui se précipitait vers ses victimes.

Brusquement, il n'y eut plus aucun bruit de moteur ni rien de menaçant dans le ciel. Le drone avait été anéanti.

 

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05 juin 2015

Le Regard des Autres - Chapitre 1 : Deux Regards qui se croisent #2

Roman d'anticipation où les personnages, d'apparence banale, portent sur le monde un Regard très différent...
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Environ deux heures après ces événements, j'entrai dans le vaste hall de l'hôtel le plus chic de la ville. D'un pas nonchalant de touriste, mais sans marquer la moindre hésitation, puisque je ne savais que trop bien où j'allais, je me dirigeai vers les ascenseurs. A l'occasion du concert tant attendu et de la foule de riches visiteurs qu'il attirait, la Direction avait apparemment engagé quelques grooms, que je ne pus m'empêcher de trouver vaguement ridicules dans leurs costumes à l'ancienne.

– Quel étage, Madame ?

– Le dernier, merci. Suite 927.

Durant la montée, le groom sembla se demander qui était cette femme qui tenait tant à son anonymat qu'elle gardait ses lunettes de soleil à l'intérieur, mais cela ne m'inquiéta pas. Il m'oublierait sans doute presque aussitôt que je serais sortie de la cabine. Depuis deux jours qu'il avait été embauché, il avait dû être confronté à des gens infiniment plus excentriques que moi !

C'est seulement quand je fus arrivée devant le numéro 927 que j'ôtai mes lunettes. Par habitude, je pris le temps de les ranger soigneusement dans mon sac. Pendant une poignée de secondes, je fus comme paralysée face au tournant qu'allait prendre ma vie, après tant d'années passées à me cacher. Je finis par hausser les épaules. Inutile de tergiverser plus longtemps. De toute façon, ma décision était prise depuis l'instant où j'avais Vu. Si je les laissais faire ça, je ne pourrais plus jamais me regarder dans un miroir. Alors à nous deux, monsieur le héros de l'humanité !

Je pris une grande inspiration pour me donner du courage, puis je frappai à la porte de la chambre. Quatre coups brefs qui risquaient de sceller mon destin.

– Qu'est-ce que c'est ? demanda une voix masculine dans la chambre.

– Service d'étage, un cadeau de la part de la Direction pour monsieur Tournier, répondis-je aussitôt.

Je savais que c'était le moyen le plus simple pour qu'il ouvre la porte. Evidemment, je ne m'étais pas trompée. J'entendis un bruit de verrou et la porte s'ouvrit en grand.

– C'est très gentil de… commença-t-il.

Sa voix mourut quand il découvrit mes Yeux. Il resta immobile un moment, abasourdi.

Je me fis la réflexion bizarre qu'il avait l'air plus doux que sur les photos et les vidéos où il apparaissait régulièrement. C'était peut-être dû à ses cheveux châtains un peu ébouriffés, à sa barbe naissante ou à l'expression étonnée de ses yeux bleu-gris, mais en tout cas, à cet instant, je sentis s'alléger le pesant fardeau qui m'écrasait depuis que j'avais Vu. Au moins, je ne serais pas seule.

– Voilà un cadeau des plus inattendus, finit-il par articuler. Je t'en prie, entre.

Je ne fus pas surprise par son tutoiement, avec ce que nous avions en commun !

Il verrouilla immédiatement la porte derrière moi. Malheureusement, sa méfiance non plus ne me surprit pas…

Un silence s'installa entre nous. Ni l'un ni l'autre, nous ne savions par où commencer. Finalement, ce fut lui qui se lança.

– Je suppose que tu sais qui je suis, mais bien que je connaisse un certain nombre de personnes dotées de la Seconde Vision, je ne crois pas que tu en fasses partie.

–  Oh oui, pardon pour mon impolitesse ! m'exclamai-je, rougissante. Je m'appelle Chloé. Chloé Dupuis.

– Ravi de te rencontrer, Chloé. Mais dis-moi… est-ce une simple visite de courtoisie ou y a-t-il… disons… une autre raison ?

– J'en suis désolée, mais il ne s'agit pas du tout de courtoisie.

– Quel dommage, soupira-t-il, mais j'avoue que je m'en doutais un peu… Quelle est la mauvaise nouvelle, et en quoi puis-je mettre mes modestes talents à ton service ?

Face à cette soudaine assurance – la même, cette fois, que dans ses apparitions à l'écran – j'eus envie de le faire languir un peu.

– Eh bien, tu pourrais déjà me servir de guide. Contrairement à toi, je n'ai jamais eu l'occasion de séjourner dans une suite aussi luxueuse !

Il me fixa d'un air hésitant, se demandant visiblement si je me moquais de lui. Quand il comprit que c'était bien le cas, il éclata de rire.

– Pardon, j'oubliais que je n'avais pas besoin de jouer mon « rôle de sauveur » avec quelqu'un comme toi.

– C'est vrai, mais je veux quand même bien visiter, si tu n'y vois pas d'inconvénient. Je n'ai jamais réellement vu un endroit pareil !

Stéphane me fit donc faire le tour du propriétaire, et je dois reconnaître que je ne pus pas empêcher mes yeux – les normaux – de briller comme ceux d'une petite fille émerveillée. Mais après ce bref instant de détente, il fallut entrer dans le vif du sujet et expliquer la raison de ma visite…

Comme je m'y attendais, son visage se décomposa au fil du récit de ce que j'avais Vu un peu plus tôt dans l'après-midi, quand il s'était rendu dans le salon de thé d'Odile et François. Quand j'eus terminé, c'est le visage tout pâle et la voix vibrante d'un espoir incertain qu'il me demanda s'il y avait quelque chose à faire pour éviter la catastrophe. A son grand soulagement, je lui répondis que nous avions effectivement une chance de changer le cours de l'avenir.

– Mais il faudra que notre intervention soit d'une extrême précision, sinon nous échouerons et nous y laisserons notre vie, lui précisai-je.

– Je te fais entièrement confiance. Si tu as réussi à Voir tout cela et à découvrir une possibilité d'y échapper, tu sauras sans aucun doute où et quand je devrai agir.

A nouveau, je sentis mes joues s'empourprer, ce qui parut à la fois amuser et attendrir Stéphane.

 

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29 mai 2015

Le Regard des Autres - Chapitre 1 : Deux Regards qui se croisent #1

Premières pages d'un roman d'anticipation où les personnages, d'apparence banale, portent sur le monde un Regard très différent...

 

Le carillon de bois tintinnabula agréablement, faisant machinalement lever la tête du couple de commerçants pour voir qui venait d'entrer dans la boutique à cette heure creuse de l'après-midi. Ils me reconnurent au premier coup d'œil, mais ce n'était pas bien difficile. Je pense qu'ils n'avaient pas beaucoup de clientes arborant une « crinière » rousse et bouclée.

– Bonjour, Chloé, quel plaisir de vous voir par cette belle après-midi ! me saluèrent-ils joyeusement.

– Bonjour, Odile, bonjour, François ! Tout le plaisir est pour moi, surtout si ces fameuses nouveautés que vous ne vouliez pas dévoiler la semaine dernière sont enfin en vitrine !

– Oh oui, et elles ont connu un beau succès au déjeuner ! Il n'en reste plus que deux d'une sorte et trois de l'autre !

Je m'approchai de l'endroit qu'ils m'indiquaient, pressée de découvrir ces nouveaux délices autour desquels ils avaient fait tant de mystère « pour aiguiser la curiosité et l'appétit ». Je ne fus pas déçue, ni par leur apparence ni par la description qu'ils m'en firent.

Les pâtissiers me présentèrent donc « Douceur d'une fin d'été » : un fonds de pâte croustillante agrémentée de zestes de citron confits, sur lequel s'élevait une alternance de couches de mousse de citron et de gelée de fraises des bois, le tout dissimulant un surprenant insert à base de confiture de tomate verte.

L'autre gourmandise était baptisée « Saveur d'automne » : une coque de chocolat praliné craquante remplie d'une mousse à la poire Beurré Hardy, elle-même rehaussée d'un soupçon d'eau-de-vie de poire Williams et parsemée d'éclats de noisette caramélisés.

– Je ne sais lequel choisir… Je crois que je vais simplement prendre le premier dans l'ordre alphabétique aujourd'hui, et le deuxième la prochaine fois.

– Un « douceur d’une fin d’été », donc. Et comme boisson ?

– Comme d'habitude, je vous laisse juger de ce qui se mariera le mieux avec ce merveilleux gâteau.

– Très bien. Installez-vous où vous voulez et on vous apporte votre commande dans un instant.

– Merci, je vais profiter de votre belle terrasse ombragée.

Je ressortis donc du salon de thé, accompagnée du doux tintement du carillon, et je choisis une place un peu à l'écart des autres, qui me permettrait de voir sans être vue. Quelques minutes plus tard, Odile sortit à son tour de la boutique, les bras chargés d'un plateau bien garni de la fameuse « Douceur d'une fin d'été » et d'une théière fumante.

Alors que la porte se refermait derrière elle, mon attention fut attirée par une magnifique voiture de sport, qui ralentit en longeant la vitrine et alla se garer un peu plus loin. Odile ne put s'empêcher de la regarder avec une certaine envie au fond des yeux.

– Quelle voiture de star ! remarqua-t-elle en déposant le plateau devant moi.

– C'est sans doute quelqu'un qui vient assister au concert de ce soir.

– C'est vrai, ce n'est pas tous les jours qu'une artiste comme Isadora Millefiori, qui est célèbre dans le monde entier, vient chanter dans notre beau théâtre antique ! Même François, qui ne raffole pas de musique, d'habitude, a bien voulu m'accompagner pour aller entendre l'Ange Bleu !

– J'ai réussi à avoir une place, moi aussi. Heureusement qu'ils en avaient réservé un certain nombre pour la vente directe au guichet, vu la vitesse à laquelle elles sont parties en ligne !

– Bien sûr, mais on n'a eu droit qu'aux moins bonnes places, regretta Odile. Je vous parie que ce monsieur à la belle voiture, lui, sera tout près de la scène !

– J'avoue que cela ne me dérange pas, tant que j'entends la même chose que lui. D'ailleurs, il vient par ici : ce que je vous parie, moi, c'est qu'il n'a pas pu résister à la tentation devant votre enseigne « Péché de gourmandise », supposai-je en souriant.

Odile tourna la tête pour vérifier que le riche touriste s'approchait bien de sa boutique. Elle poussa un petit cri de stupeur.

– Mais je le reconnais ! C'est Stéphane Tournier, l'un de ceux qui ont sauvé notre planète !

Je l'avais reconnu, moi aussi, même derrière les vitres teintées de sa luxueuse voiture, mais sans trop savoir pourquoi, je ne voulais pas qu'Odile s'en aperçoive. Toujours ce vieux réflexe de protection, pour ne pas dire de fuite…

– Vraiment ? Vous en êtes sûre ?

– Et comment ! Avec François, nous les admirons tous beaucoup depuis ce jour. Ce sont de tels héros, et lui, c'était le plus fort ! Dites-moi, est-ce que je suis présentable ? Je ne voudrais pas lui faire mauvaise impression, avec tous ces mannequins et ces actrices qu'il fréquente !

– Ne vous en faites pas, vous êtes impeccable, lui assurai-je avec un grand sourire d'encouragement.

Tandis qu'Odile, très émue, se précipitait à la rencontre de son idole, je remis, l'air de rien, les lunettes de soleil à effet miroir que j'avais enlevées avant d'entrer dans le salon de thé. Ce n'était pourtant pas le soleil qui me gênait, mais j'étais simplement curieuse de Voir, parmi toutes les conquêtes féminines qui faisaient la joie des magazines people, qui allait accompagner ce « grand héros » au concert de ce soir. Cela faisait longtemps que je n'avais pas cédé ainsi à la curiosité, mais avec quelqu'un comme lui, c'était différent…

M'apprêtant à un spectacle distrayant, j'enfournai une grosse cuillerée de gâteau. Ses exquises saveurs fruitées et acidulées m'explosèrent en bouche. Pourtant, j'eus le plus grand mal à avaler, car ce que je Vis me figea sur place. Devant moi, il n'y avait rien d'autre qu'une pâtissière un peu agitée invitant un client célèbre à entrer dans sa boutique, mais cela, je ne le voyais plus que comme un vague jeu d'ombres. Ma Vision allait bien au-delà de ce moment inoffensif.

Il faut dire que derrière les verres teintés qui les dissimulaient, mes yeux n'avaient désormais plus rien de leur vert habituel. Je ne savais que trop bien à quoi ils ressemblaient, pour les avoir autrefois tant maudits. Ils étaient entièrement noirs, à l'exception de deux fins cercles d'un bleu extrêmement vif qui luisaient dans chacun d'eux. Et ce que Voyaient ces Yeux inhumains n'avait vraiment rien de distrayant ni d'inoffensif.

Un quart d'heure plus tard, le couple de commerçants sortit en même temps que leur visiteur de marque, qu'ils saluèrent très chaleureusement alors qu'il retournait vers sa voiture, une boîte à gâteaux dans les bras. Quand il fut parti, Odile s'avança vers moi, sans doute désireuse de partager l'instant merveilleux qu'elle venait de vivre. Après ma violente émotion de tout à l'heure, j'étais parvenue à reprendre mes esprits. Je pus donc, fort heureusement, lui faire la conversation sans rien laisser paraître de mon trouble, qui aurait risqué d'éveiller sa curiosité. Je la laissai donc parler en affichant un petit sourire entendu, comme si le récit de son « aventure » était la chose la plus intéressante que j'avais vécue dans cette journée.

– Et puis, figurez-vous qu'il a trouvé tout à fait exceptionnelles nos deux nouveautés, la « Douceur d'une fin d'été » et le « Saveur d'automne » ! Il en a même pris une de chaque, parce qu'il a dit qu'il ne pouvait pas choisir ! Vous vous rendez compte, Chloé, quelle chance nous avons eue de les proposer justement aujourd'hui ! Il y a de ces heureux hasards, parfois, dans la vie, vous ne trouvez pas ça incroyable ?

Je lui affirmai – et pour cause ! – que j'étais parfaitement d'accord avec elle. En tout cas, hasard ou non, je ne pouvais pas rester en dehors de ce qui allait avoir lieu. Parfois, on est obligé de sortir de sa cachette, si paisible et confortable soit-elle…

– Ma chère Odile, ce que vous venez de me raconter m'a décidée. Je vais faire comme ce fameux Stéphane Tournier : je vais vous prendre votre dernière part de « Saveur d'automne », avec un bol de votre délicieux chocolat chaud au lait d'amande en accompagnement ! Je n'ai presque rien mangé ce midi, ça compensera, prétendis-je devant son air un peu étonné.

En fait, j'avais surtout besoin d'énergie pour Regarder mieux s'il existait un chemin détourné permettant d'éviter ce qui devait se passer ce soir…

 

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Je revais d'un autre monde

Posté par polnastef à 18:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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