09 avril 2016

Lame de fond

La vie s'écoule, paisible, douce, agréable
Même un peu résignée parfois peut-être
Elle suit son lent chemin sans vague
Dans un confortable et reposant bien-être

Brusquement il surgit, tempétueux, imprévu, irrésistible !

De trois mots il bouleverse toutes les inconnues de l'équation
D'un regard il transperce cette trompeuse tranquillité
D'une caresse il fait vaciller des murailles de certitudes
D'un souffle il fait tournoyer des milliers de questions
D'un rire il fait voler en éclats ce que certains appellent normalité
D'un soupir partagé il balaye toute une vie d'habitudes

Le cruel et adorable amour !

 

light_and_darkness

Posté par polnastef à 06:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


04 avril 2016

La Petite Fille aux yeux d'or - Chapitre 2 #9

Prologue & table des matières : CLIC

 

Lorsqu'elles revinrent toutes les deux, Rigwald ne put retenir une exclamation admirative.

– Quels yeux incroyables ! Je n'en ai jamais vu de pareils au cours de tous mes voyages ! Ils sont aussi rares et magnifiques que ces bijoux en or anciens, dont l'éclat est délicatement adouci par la patine des âges…
– Je connaissais déjà vos talents d'auteur scientifique, Rigwald, mais je découvre avec plaisir que vous êtes aussi poète à vos heures, le complimenta Elyria.

Les Fées étaient très sensibles au charme des mots. C'était d'ailleurs ce qui avait tout d'abord séduit Elyria chez Loriel, dans les premiers temps de leur rencontre. Elle comprenait maintenant qu'il devait tenir cela de Rigwald, qui s'était chargé de son éducation à la mort de son père.

– Oh, mais j'allais oublier de vous donner les petits cadeaux que je vous ai apportés ! s'écria le Mage. Quel étourdi je fais parfois !
– Il ne fallait pas t'encombrer avec ça pour un si long voyage, protesta Loriel. Ta seule présence est déjà le plus beau des cadeaux !
– Allons, tu vas me faire rougir, si tu continues ! Rassure-toi : je n'ai apporté que de petites choses plutôt légères et peu encombrantes. Honneur aux dames, ma chère Elyria ; j'espère que cela plaira à une jeune mère !

Il tira d'une de ses poches un joli petit écrin de métal ouvragé, comme les orfèvres Nains savent si bien en ciseler. Il l'offrit à Elyria en se fendant d'une profonde révérence théâtrale qui la fit sourire. Avec une exclamation ravie, la Fée en sortit un pendentif d'une extrême délicatesse. Un arbre en filigrane était enserré dans un cercle, et à l'une de ses branches pendait une petite breloque en forme de cœur.

– L'arbre représente le peuple féerique, leur expliqua Rigwald, le cercle symbolise la maternité et le cœur est bien sûr votre enfant, fruit de votre amour mutuel. Le Nain qui l'a forgé m'a d'ailleurs dit qu'il pourrait y ajouter d'autres de ces petits cœurs à l'avenir, ajouta-t-il avec un clin d'œil.
– C'est une attention si touchante, mille mercis, cher ami ! Je porterai ce bijou avec grand plaisir en pensant à vous.
– Tout le plaisir est pour moi, et je suis vraiment ravi qu'il vous plaise ! J'espère que tu apprécieras aussi ce que je t'ai apporté, Loriel.

Il fit mine de chercher dans plusieurs autres de ses poches avec des gestes dignes d'un prestidigitateur. Loriel ne put s'empêcher de rire à cette vieille plaisanterie qu'il y avait entre eux depuis son enfance, où il s'extasiait de voir Rigwald faire surgir mille merveilles de ses poches qui lui paraissaient alors sans fond. D'ailleurs, il se demandait toujours si ce n'était pas réellement le cas. On ne sait jamais, avec la magie !

 

Page suivante : CLIC

 

Je revais d'un autre monde

Posté par polnastef à 09:01 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

28 mars 2016

La Petite Fille aux yeux d'or - Chapitre 2 #8

Prologue & table des matières : CLIC

 

Les deux hommes prirent quand même le temps de faire un brin de toilette et de se changer, l'un pour se débarrasser de la crasse des combats et l'autre de celle de la route. En tant qu'habitant permanent et éminent du château, Loriel avait droit à de vastes appartements privés, lui permettant aisément de recevoir des invités dans les chambres prévues à cet effet, et disposant de deux grandes salles d'eau. Le Royaume du Nord était célèbre pour la qualité de ses bains chauds, fort appréciables sous ce rude climat.

Une fois présentables, ils se retrouvèrent dans le salon privé de Loriel, attenant au bureau où il exerçait ses fonctions de général quand il n'était pas sur le terrain avec ses troupes.

– Elyria ne devrait pas tarder à revenir de son rendez-vous quotidien avec la reine Fanya. Veux-tu te restaurer ou boire quelque chose en attendant ? Les cuisines me montent toujours une collation après l'entraînement, et il y en a largement assez pour deux.

Le Mage accepta volontiers son offre. Ils trinquèrent joyeusement à leurs retrouvailles en discutant des événements majeurs qui leur étaient arrivés durant ces quelques années d'éloignement. Loriel était très curieux de savoir dans quelles régions lointaines s'était rendu Rigwald pour sa fameuse Encyclopédie. Il était en train de lui relater sa découverte d'une espèce de chats des bois d'une remarquable intelligence qu'il avait découverte dans une vaste forêt bordant les Cent Royaumes, un pays très loin au sud du continent, quand quelques coups discrets furent frappés à la porte du salon donnant vers les appartements privés du général.

– Ce doit être Elyria qui revient de chez la reine, supposa ce dernier en se levant pour aller ouvrir.

C'était bien elle en effet, et comme à chaque fois qu'il la voyait, en dépit des années qui passaient, il fut émerveillé par sa beauté extraordinaire. Ce jour-là, elle était revêtue de sa robe d'hiver préférée, dont le tissu d'un bleu profond et chatoyant était parcouru de fines arabesques argentées. Elle avait ajouté une petite cape argentée afin de protéger son dos des courants d'air, en raison de la large échancrure destinée à lui laisser sortir ses ailes si l'envie l'en prenait. Sa longue chevelure d'ébène était parsemée de petites tresses et agrémentée d'un entrelacs de chaînettes d'argent orné de pierres bleues aussi scintillantes que ses yeux.

– Je ne te dérange pas dans ton travail, j'espère ?
– Tu sais bien que tu ne me déranges jamais ! D'ailleurs, figure-toi que je ne travaille pas : je discute avec un visiteur inattendu…

Il s'écarta pour la laisser découvrir de qui il parlait.

– Ça alors ! C'est incroyable ! C'est bien vous, Rigwald ! En cette saison, en plus !
– C'est bien moi, en effet ! confirma le Mage en s'avançant vers elle. Quelle grande joie de vous revoir, très chère Elyria !
– C'est une joie partagée ! assura la Fée en l'étreignant. Et surtout, quel bonheur pour Loriel, il me parle de vous si souvent ! Je l'ai même déjà surpris à parler de vous à notre fille, alors qu'elle n'a que six mois ! ajouta-t-elle en riant.
– Comme c'est gentil à lui ! fit Rigwald d'une voix émue. Mais à ce propos, où est la charmante enfant ? Je pensais la voir avec vous !
– C'est vrai qu'en principe, je l'amène à son père après l'entraînement, mais la petite princesse Elzbeth ne semblait pas vouloir faire sa sieste sans elle, et elle criait tellement que j'ai fini par décider de les laisser ensemble le temps qu'elle s'endorme. Elle n'a que six mois elle aussi, mais elle sait déjà ce qu'elle veut ! J'étais simplement venue dire à Loriel de ne pas s'inquiéter pour ce retard inhabituel, mais finalement, cela va me permettre de prendre de vos nouvelles plus tranquillement qu'avec un bébé dans les bras.

Ils discutèrent donc de choses et d'autres durant une petite demi-heure, puis Elyria déclara qu'il était temps qu'elle aille récupérer sa fille pour la présenter enfin au voyageur qui était venu de si loin pour la voir.

 

Page suivante : CLIC

 

Je revais d'un autre monde

Posté par polnastef à 07:46 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

21 mars 2016

La Petite Fille aux yeux d'or - Chapitre 2 #7

Prologue & table des matières : CLIC

 

Loriel ouvrit à toute volée la porte de la casemate des gardes, un peu essoufflé par sa course en armure depuis la salle d'entraînement. C'était bien lui !

– Rigwald, quel bonheur de te revoir après tant d'années d'absence !

Les deux hommes échangèrent une chaleureuse accolade.

– Mais dis-moi, d'où viens-tu, pour avoir dû entreprendre un voyage jusqu'à Septentris en plein hiver ? Tu mènes encore tes recherches pour ta chère Encyclopédie ?
– Je ne peux rien te cacher ; tu sais à quel point ces recherches sont importantes pour moi ! J'étais en mission d'exploration depuis près d'un an, très loin au sud d'ici. C'est seulement en rentrant à la Cité des Mages, il y a environ trois semaines, pour y rédiger une série de nouveaux articles, que j'ai découvert le faire-part de naissance que tu m'avais envoyé. J'ai dû prendre un peu de temps pour régler quelques affaires courantes qui ne pouvaient pas rester en suspens, mais dès que j'ai pu me libérer, je suis venu ici pour féliciter les heureux parents et admirer votre petite fille !
– Excusez-moi de vous interrompre, dit alors l'un des gardes qui assistaient à ces retrouvailles. Mes camarades et moi, nous n'avons pas pu nous empêcher d'entendre ce que vous venez de dire au général… Seriez-vous le fameux Mage Faerius, l'auteur de la Grande Encyclopédie des Terres de l'Ouest ?
– C'est bien moi qui ai entrepris cette tâche un peu folle ; Rigwald Faerius, pour vous servir ! confirma le voyageur en se fendant d'une révérence assez comique.

Les soldats furent stupéfaits par cette révélation. L'un des hommes les plus célèbres du continent se tenait là, devant eux, et il venait de discuter avec eux comme si de rien n'était en attendant le général ! La simplicité et la chaleur dont il venait ainsi de faire preuve conquirent le cœur des gardes bien plus que son immense renommée n’aurait pu y parvenir, même si comme tout le monde, ils attendaient avec impatience la parution des nouveaux articles de son incroyable ouvrage. Ce dernier avait pour but de recenser aussi bien la faune, la flore, les sites majeurs que les mœurs des différents pays des Terres de l'Ouest. Il était réputé à la fois pour la fiabilité de son contenu, pour la qualité de ses illustrations et, surtout, pour son style assaisonnant la rigueur scientifique d'une agréable touche d'humour.

Le Mage extirpa un mince rouleau de feuilles de son sac de voyage. Il le tendit au garde porte-parole de ses camarades, qui le prit en hésitant un peu, se demandant visiblement de quoi il s'agissait.

– C'est une copie de mes tout derniers articles. A l'heure où je vous parle, ils doivent tout juste commencer à être édités à la Cité du Savoir, avant leur diffusion aux quatre coins du continent. Je les ai apportés pour les faire lire à mon cher Loriel, mais puisque vous semblez intéressés par mes modestes écrits, je suis sûr qu'il ne verra pas d'inconvénient à ce que vous les lisiez avant lui. N'est-ce pas, Loriel ?

L’intéressé, souriant, acquiesça d'un signe de tête.

– Comment vous remercier pour l'honneur que vous nous faites, Messire Faerius, vous et votre neveu ? balbutia le soldat.
– Allons, pas de ça entre nous ! protesta le Mage en riant. Si vous insistez, disons que c'est ma façon de vous remercier pour m'avoir accueilli au chaud et m'avoir si gentiment tenu compagnie en attendant mon cher Loriel ! À présent, je vous laisse à votre lecture, j'ai une mère et un bébé à embrasser !

 

Page suivante : CLIC

 

Je revais d'un autre monde

Posté par polnastef à 08:17 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

14 mars 2016

La Petite Fille aux yeux d'or - Chapitre 2 #6

Prologue & table des matières : CLIC

 

Il redevint sérieux et ôta son casque pour communiquer plus aisément. Les autres imitèrent son geste, ce qui ne fut d'ailleurs pas des plus faciles à cause de leurs encombrantes haches à deux mains.

– Comme vous avez dû le remarquer, il y avait une certaine différence de gabarit entre mes adversaires et moi. De toute évidence, je ne faisais pas le poids face à eux ! De plus, si vous avez eu l'occasion de les observer pendant l'entraînement, vous aurez constaté que la double hache semble être une de leurs armes de prédilection. Tous les quatre la manipulent avec une très grande puissance. Pour parler clairement, je n'avais à peu près aucune chance de les vaincre dans un combat conventionnel. Mon seul espoir de m'en sortir, c'était donc de jouer de l'effet de surprise et de la rapidité d'action.

Il désigna sa hache, toujours fichée dans le sol.

– Je me suis servi de mon arme de manière inhabituelle, parce que j'ai pensé que c'était la meilleure solution, et finalement, cela m'a permis de remporter la victoire. Je suis sûr que maintenant, vous avez compris quelle est la leçon que j'ai voulu vous enseigner en vous faisant cette démonstration. Dans un combat, il n'y a pas que la force et la technique qui comptent, même si ce sont deux éléments souvent cruciaux. Il peut arriver que seule votre rapidité d'esprit vous permette de survivre, face à des situations où tout semble perdu d'avance. N'hésitez pas à faire preuve d'imagination, car votre vie peut dépendre de votre capacité à briser les habitudes et à surprendre vos adversaires !

Il laissa passer un moment de silence, pour que chacun ait le temps de réfléchir à ce qu'il venait de dire, puis il annonça la fin de la séance d'entraînement. Ceux dont c'était le jour de corvée s'affairèrent à remettre la salle en ordre, tandis que le gros des troupes s'en allait par petits groupes en commentant la démonstration à laquelle ils venaient d'assister.

– Avant de partir, si vous pouviez m'aider à extraire ma hache…

Pendant que deux des soldats que le général avait combattus s'acharnaient à récupérer l'arme, incroyablement bien plantée dans le bois, le jeune page sauta de sa chaise et se précipita vers lui pour enfin lui transmettre son message.

– Général de Clairétoile, je suis venu vous informer qu'un visiteur vous attend à l'entrée du château.
– Un visiteur ? De qui s'agit-il ?
– Il n'a pas indiqué son nom, Général. Il a simplement dit qu'il était votre « vieil oncle ».
– Mon vieil oncle ? Mais je n'ai pas… Oh ! Aurait-il abandonné ses précieuses recherches et fait tout ce chemin pour venir voir ma fille ? En plein hiver, ce serait bien de lui, ça ! Quel bonheur, si c’est bien lui, mais je n'ose y croire… Allons vite voir ce mystérieux visiteur, que j’en aie le cœur net !

Le général de Clairétoile, d'ordinaire si calme et maître de lui en toutes circonstances, avait l'air presque aussi nerveux et rougissant qu'un jeune homme à son premier rendez-vous galant, ce qui ne manqua pas de surprendre ceux de ses hommes assez proches pour avoir entendu le message qui venait de lui être délivré. Ce « vieil oncle » devait être quelqu'un de vraiment spécial pour lui ! Il ordonna à l'un de ses seconds de surveiller la remise en état de la salle, puis il partit en courant dans les couloirs du dédale intérieur du château, suivi de près par le jeune page, qui était très curieux d'en savoir davantage.

 

Page suivante : CLIC

 

Je revais d'un autre monde

Posté par polnastef à 07:05 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


07 mars 2016

La Petite Fille aux yeux d'or - Chapitre 2 #5

Prologue & table des matières : CLIC

 

Durant ce laps de temps, les trois soldats encore debout avaient d'instinct resserré les rangs. Il n'était plus question d'esbroufe ; leur visage reflétait désormais une intense concentration toute entière tournée vers le général qui, lui, demeurait imperturbablement aux aguets. Les deux plus grands, qui se ressemblaient trop pour ne pas être frères ou cousins, échangèrent un regard entendu avant de s'élancer conjointement en brandissant leur effrayante hache à double tranchant, dans l'intention évidente d'atteindre leur adversaire à la fois par la gauche et par la droite.

C'est alors que Loriel de Clairétoile parut commettre une incroyable erreur d'appréciation : il frappa de toutes ses forces devant lui. Evidemment, son arme passa entre les soldats, qui s’écartèrent facilement de sa trajectoire. Avec un fracas retentissant, elle se ficha profondément dans les épaisses planches de bois qui protégeaient le sol de la salle durant les entraînements. Cependant, au grand ébahissement de l'assemblée, qui pensait assister à la défaite de son chef, cette étrange manœuvre était parfaitement volontaire de sa part. Il se servit de son élan pour transformer sa hache en une sorte de perche autour de laquelle il tournoya si vivement et en accumulant une telle force que ses pieds vinrent s'écraser au milieu du dos des deux soldats. Sous le choc, ils basculèrent en avant sans pouvoir se retenir, ayant tout juste le réflexe salvateur de lâcher leur arme pour ne pas se blesser en tombant dessus.

Profitant de l'effet de surprise, le général bondit vers son quatrième et dernier adversaire, qui ne s'attendait visiblement pas à être la cible d'une telle attaque éclair. Avant d'avoir seulement le temps de penser à se remettre en garde, il se retrouva allongé sur le dos, fauché aux jambes.

Un silence stupéfait suivit l'affrontement. Pourtant, les soldats avaient l'habitude des démonstrations de leur chef, mais celle-ci avait eu quelque chose de quasiment irréel dans l'enchaînement de ses contre-attaques.

– Qu'avez-vous appris de ce combat ? demanda alors le général de sa voix si curieusement douce, surtout après la violence dont il venait de faire preuve.

Un flottement incertain fut sa seule réponse.

– Allons, Mesdames et Messieurs ! reprit Loriel d'un ton goguenard. Personne n'a la moindre idée de ce que j’ai essayé de vous montrer ?

Les regards obstinément fuyants le firent éclater de rire.

– On dirait des enfants interrogés par leur professeur ! N'ayez pas peur, je vais vous le dire !

 

Page suivante : CLIC

 

Je revais d'un autre monde

Posté par polnastef à 07:08 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

29 février 2016

La Petite Fille aux yeux d'or - Chapitre 2 #4

Prologue & table des matières : CLIC

 

Tout à coup, un éclat de voix retentit, faisant aussitôt cesser l’énorme fracas métallique qui envahissait la pièce, pourtant conçue pour limiter la réverbération des sons. Les combattants posèrent le manche de leur lourde hache au sol, mais même si leurs bras devaient en être soulagés, leurs visages restaient tendus. Pour avoir déjà assisté, plus jeune, à quelques entraînements, le page devina de quoi il retournait : c’était le moment de la démonstration du général. Contrairement aux autres, cette nouvelle le réjouit : il n’allait plus avoir de difficulté à le localiser ! Les soldats, eux, attendaient cette épreuve avec une certaine appréhension, se demandant qui leur chef allait choisir comme cobaye pour leur montrer une de ces redoutables bottes dont il avait le secret…

Curieux d’assister à un spectacle qu’il était inimaginable d’interrompre pour tous les « vieux oncles » du monde, le page monta sur une des chaises qui avaient été repoussées contre les murs, le temps de l’entraînement. Il ne fut pas déçu. D'une voix étonnement douce, l'un des hommes en armure, qui n'avait pas une stature particulièrement imposante et que rien ne différenciait des autres a priori, donna l'ordre à quatre grands gaillards de reprendre leur redoutable hache et de venir l'affronter tous ensemble. Deux des soldats ainsi désignés semblaient ne pas en mener large. En revanche, les deux autres paraissaient avoir envie de jouer les gros bras face à leur adversaire, qui avait une apparence presque frêle comparé à eux. Ils fendirent l'air en de menaçants moulinets. Cette provocation laissa de marbre le général de Clairétoile, qui attendait patiemment que le premier assaut soit lancé contre lui. Autour des combattants, la tension devenait presque palpable, plus intense à chaque seconde.

Brusquement, un des deux soldats restés en retrait frappa. Ce coup assez inattendu fit sursauter la plupart des membres de l'assistance, mais le général esquiva d'un petit bond de côté si fluide et rapide que cela déséquilibra l'assaillant. Profitant de l'occasion, il lui donna un coup sec de la hampe de son arme sur l'épaule, lui faisant lâcher sa lourde hache en grimaçant de douleur.

– Et un de moins ! souffla avec admiration un soldat non loin du jeune page, toujours grimpé sur sa chaise. Il ne lui aura pas fallu longtemps, quel guerrier incroyable !
– C’est sûr, c'est bien lui le meilleur ! confirma son voisin sur le même ton.
– Un peu de silence, là derrière ! J'essaye de me concentrer sur le combat !

 

Page suivante : CLIC

 

Je revais d'un autre monde

Posté par polnastef à 08:03 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

22 février 2016

La Petite Fille aux yeux d'or - Chapitre 2 #3

Prologue & table des matières : CLIC

 

Fourrant le cadeau dans sa poche et engloutissant en quelques bouchées les brochettes de gibier mariné qu’il avait achetées – une spécialité du pays, assez épicée pour réchauffer même par des températures glaciales –, le voyageur reprit son chemin vers le château et ne s’arrêta que devant la grille de l’entrée. Il patienta quelques minutes avant qu’un garde s’extraie de la casemate où les soldats de service pouvaient se réchauffer entre leurs rondes.
– Bien le bonjour, Monsieur. Vous désirez entrer au château ?
– Bien le bonjour à vous aussi. En effet, je viens voir Loriel de Clairétoile.
– Le général de Clairétoile ? Qui dois-je annoncer ?
– Dites-lui simplement que c’est son vieil oncle, cela devrait suffire, déclara l’homme, une étincelle amusée dans les yeux.
– Très bien. Si vous êtes de la famille du général de Clairétoile, je ne vais pas vous laisser attendre dehors par ce froid. Si vous voulez, vous pouvez rester dans notre salle de repos, le temps qu’on prévienne votre neveu de votre venue.
– Volontiers, merci !

Il entra donc dans la salle, où plusieurs hommes et femmes en armes profitaient de la chaleur d’une large cheminée. Ils souhaitèrent la bienvenue au visiteur et lui firent une place près du foyer pour qu’il se réchauffe. Pendant qu’il posait son lourd sac et ôtait son grand manteau de fourrure, le portier délégua un jeune page pour aller informer le général de la visite de son « vieil oncle ».
Le jeune homme franchit rapidement la cour du château qui avait été, comme toujours, soigneusement déneigée et sablée dès que la neige avait fini de tomber. Malgré son épaisse cape de laine, il frissonna dans le vent glacé. Il se demanda d’où venait l’oncle du général. D’assez loin, sans doute, puisqu’il ne l’avait encore jamais vu. Voyager en cette saison, il fallait être bien courageux… mais aussi un peu inconscient !
En entrant dans la bienfaisante chaleur du château, le page accrocha machinalement sa cape à une des nombreuses patères qui se succédaient de part et d’autre du couloir. Tous les habitants du Nord savent dès leur plus jeune âge qu’avoir trop chaud à l’intérieur en hiver, c’est risquer d’attraper froid et mal au dehors… Il se renseigna auprès du premier serviteur qu’il rencontra. Par chance, celui-ci savait que le général était à l’entraînement dans la salle d’armes. Cette dernière était située à l’extrémité de l’aile opposée du bâtiment, heureusement accessible sans qu’il faille ressortir.

Le jeune homme pressé, après avoir franchi un certain nombre de couloirs, entendit enfin le bruit si reconnaissable des armes entrechoquées. Il poussa la porte de service, elle-même taillée dans une grande porte d’apparat qui ne servait qu’en des occasions spéciales comme des défilés publics, et se retrouva dans une pièce de taille respectable, la deuxième plus vaste du château après la salle de réception. Une foule de soldats y répétait ses exercices quotidiens. A ce que vit le page, il s’agissait d’un entraînement au maniement de la redoutable hache à deux mains nordique, une spécialité locale à double tranchant qu’il fallait savoir manier avec force et dextérité. Il chercha à identifier le général de Clairétoile, mais ce n’était pas chose facile avec tous ces casques identiques !

 

Page suivante : CLIC

 

Je revais d'un autre monde

Posté par polnastef à 09:58 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

15 février 2016

La Petite Fille aux yeux d'or - Chapitre 2 #2

Prologue & table des matières : CLIC

 

Quelques instants plus tard, il se remit à son tour à marcher vers sa destination. Il ralentit au passage des admirables portes de la ville, qu'il parcourut du regard, et rendit poliment leur bonjour aux gardes qui surveillaient le passage. Connaissant déjà les lieux, l’homme se dirigea sans hésiter vers le château qui s’élevait au cœur de la ville, ne s’arrêtant brièvement que pour acheter quelque chose de chaud et de revigorant sur le marché qui se tenait quotidiennement, bravant parfois des tempêtes qui auraient fait se terrer chez eux tout autre que les Nordiques.

Il échangea les banalités d’usage avec le marchand, qui lui déclara tout à coup :
– Dites-moi, voyageur, ne seriez-vous pas originaire du Royaume du Sud ?

L’autre ne répondit d’abord rien, surpris par cette question, puis il inclina la tête en souriant.
– Mais comment avez-vous deviné ? Je ne suis qu’à demi-Démon et à demi-Humain !
– Oh, je n’ai pas grand mérite, prétendit modestement le marchand. Ma femme est elle-même une Démone, et il y a chez vous certains traits que j’ai l’habitude de voir chez mes enfants.
– Je comprends mieux votre perspicacité ! Mais dites-moi, votre épouse ne souffre-t-elle pas trop des hivers rigoureux que vous avez ici ? Le climat est tellement plus chaud dans le Sud !
– Ah, ne m’en parlez pas… La pauvre rêve de retourner dans son pays natal dès qu’elle voit le premier flocon tomber… Et vous, qu’est-ce qui vous amène à visiter cette contrée en plein hiver ? Ce n’est pas une saison facile pour voyager !
– En effet, mais j’ai la plus belle des raisons : je viens pour célébrer une naissance très attendue par un vieil ami.
– Un bébé, quelle joie ! s’exclama le marchand d’un air ému. Figurez-vous que ma fille vient d’avoir son deuxième enfant, un adorable bambin toujours affamé comme son grand-père ! Attendez un instant, demanda-t-il en allant fouiller sa charrette, d’où il sortit un petit paquet emballé avec beaucoup de soin. Tenez, vous offrirez cela de notre part aux heureux parents, pour qu’ils l’accrochent sur le berceau. C’est un genre de porte-bonheur traditionnel du Royaume du Sud que vous devez connaître, vous savez, ces petits piégeurs de cauchemars qui sont censés aider les enfants à dormir paisiblement ? Ma femme l’avait fait pour la petite nièce d’une voisine, qui dort très mal à ce qu’il paraît, mais elle ne m’en voudra pas de vous l’avoir donné, quand je lui aurai raconté d’où vous venez. Il faut bien s’entraider entre compatriotes, ça réchauffe le cœur quand il neige dru ! Et puis, ça lui fera l’occasion d’en tisser un autre, je sais qu’elle adore créer ces babioles !
– Merci beaucoup, je suis sûr que cela fera très plaisir aux parents. Je ne manquerai pas de leur recommander votre étal pour leur prochaine visite au marché ! Je vous souhaite une bonne journée.
– Merci à vous et bon séjour dans notre belle ville ! Ils n’auront qu’à demander après Harod le chasseur, tout le monde me connaît ! le salua le marchand, ravi d’avoir eu affaire à un client si inhabituel et si aimable.

Harod se targuait de savoir juger ses clients en un coup d’œil, et celui-là était pour sûr un homme de bien !

 

Page suivante : CLIC

 

Je revais d'un autre monde

Posté par polnastef à 13:59 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

09 février 2016

La Petite Fille aux yeux d'or - Chapitre 2 #1

Prologue & table des matières : CLIC

 

Chapitre 2 : Le gardien des rêves

 

Alors que son adorable fille allait avoir six mois, un autre événement heureux vint emplir Loriel d’un bonheur presque aussi intense que sa venue au monde.
Pourtant, ce jour-là, le temps était plutôt maussade. Depuis près d’une semaine, il tombait sans interruption de cette neige épaisse à laquelle le Royaume du Nord était habitué. La réputation de rudesse de ses hivers dépassait largement ses frontières ! La neige avait fini par s’arrêter, mais le soleil n’arrivait pas à percer l’épaisse couche de nuages qui couvrait les cieux à perte de vue.

Quelles que soient les conditions climatiques, elles n’avaient pas empêché un voyageur d’arriver aux portes de Septentris, la capitale du royaume. C’était l’un de ces hommes qui, s’ils ne sont plus dans la fleur de l’âge, ont encore presque toute la vigueur de la jeunesse, associée à l’expérience de la première moitié de leur existence. Ses cheveux et sa barbe étaient aussi gris que noirs, mais son regard était vif et perçant. Son visage légèrement rougi par le froid commençait à se marquer des signes du temps, mais sa silhouette demeurait imposante, avec son dos parfaitement droit et ses larges épaules.

Il était de tradition, depuis la création de la capitale nordique, d’interdire aux chevaux l’accès à la ville, sauf pour les marchands bénéficiant d’une dérogation et, bien sûr, pour la garde privée du roi. Le voyageur avait donc laissé sa monture dans l’une des vastes écuries prévues à cet usage, au tarif modique et réglementé, construites le long des routes d’accès. Celle qu’il avait choisie était située au sud, à environ deux kilomètres des remparts, juste en bas d’une colline réputée offrir un magnifique panorama sur la cité entière. Malgré son lourd sac à dos, il gravit sans effort apparent la pente pourtant assez raide. Parvenu à son sommet, il s’arrêta pour admirer la vue.
Un couple qui montait plus lentement dans l’autre sens, chargé de victuailles, le salua aimablement à la façon des habitants du Royaume du Nord qui, disait-on, avaient dans le cœur la chaleur qu’ils n’avaient pas dehors.
– Bienvenue, voyageur ! Je vois que vous êtes tombé sous le charme de notre belle cité, remarqua la femme.
– En effet ! J’ai déjà eu quelquefois l’occasion d’y séjourner, mais je ne l’avais encore jamais vue sous la neige.
– C’est vrai que Septentris révèle toute sa splendeur sous son blanc manteau. Malheureusement, le soleil n’est pas de la partie… S’il se décidait enfin à se montrer, vous verriez la ville étinceler de tous ses feux. Croyez-moi, même quand on habite dans les environs, c’est un spectacle magnifique dont on ne se lasse pas !
– Oh oui, c’est à couper le souffle ! renchérit son époux.

Après une dernière salutation, le couple reprit sa route, sans doute vers l’une des grandes fermes qui entouraient la capitale.

Lorsqu’ils se furent un peu éloignés, le voyageur solitaire marmonna quelques paroles inaudibles, puis il s’exclama, balayant le paysage d’un geste large :
– Nous y voilà, mon ami !

 

Page suivante : CLIC

 

Je revais d'un autre monde

Posté par polnastef à 12:57 - - Commentaires [0] - Permalien [#]